Interview de Simon GUIBERT, Jeune diplômé Essec : il lance CARACOL, un concept de colocation solidaire


Réfugiés et Etudiant en colocation dans des locaux laissant vacant et ce de manière temporaire en collaboration avec les bailleurs
Interview de Simon GUIBERT, Jeune diplômé Essec : il  lance CARACOL, un concept de colocation solidaire

La Rédaction

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots votre Association CARACOLE qui lance le concept de colocation solidaire en France ?

Simon GUIBERT

Actuellement, la mobilité qui caractérise le parcours des réfugiés, une fois le statut acquis, compromet leur insertion en compliquant le travail de suivi des associations et en limitant les échanges entre réfugiés et locaux. Les lieux d'échange comme les Grands Voisins ou les ateliers SINGA doivent être multipliés pour permettre un changement des regards, une compréhension mutuelle.

Le projet consiste à capter, puis animer des logements vacants partagés, où habitent ensemble des personnes ayant obtenu l'asile en France, et des personnes pouvant bénéficier d'un loyer modéré, étudiants, jeunes actifs ou artistes. Il s'agit d'une forme de « colocation solidaire » où vivent ensemble, pour un temps fixé à l'avance, des personnes d'âges, d'origines, de cultures et de parcours différents qui créent ensemble du lien social.

La Rédaction

Quelle est l'origine de cette idée ?

Simon GUIBERT

Le projet vient d'une première expérience de coopérateur que Simon Guibert a mené à la Cigue. La Ciguë est une coopérative de logement qui gère, après trente ans d'existence, une vingtaine de logements, la plupart en propre. Il existe en Suisse et dans plusieurs pays européens, des centaines de coopératives de logement, souvent plusieurs par grosse ville. Elles ciblent la plupart du temps des publics n'ayant pas facilement accès au parc locatif privé sur un mode de fonctionnement qui peut être comparé à celui des bailleurs sociaux français. L'une des différences est l'accent mis sur la valorisation du parc vacant et la co-construction des usages en amont avec les résidents.

La Cigue avait capté un bâtiment censé être détruit pour le besoin d'un plan d'urbanisme incluant la création de logements sociaux. Le constructeur avait fait l'acquisition de plusieurs parcelles comprenant des habitations. Certaines devaient être détruites rapidement pour la création des immeubles, d'autres avaient vocation à rester intactes le temps d'obtenir des autorisations d'urbanisme ou la vente d'autres parcelles. Le bâtiment dans lequel nous avons habité devait être occupé par un collectif durant deux ans. Avec les reports successifs des travaux, ce sont plus d'une centaine de personnes qui ont occupé les lieux en toute légalité pendant sept ans. Durant ces années, le collectif a tourné, ce qui a permis le développement d'une véritable communauté, travaillant en réseau avec les autres colocations solidaires de la CIGUE pour développer des festivals divers, des formations, des jardins partagés ou pour organiser des fêtes. Notre maison disposait d'une à deux chambres d'amis (pour une capacité maximum de douze personnes).La rencontre avec Singa a été déterminante pour orienter le projet vers l'accès au logement au bénéfice des personnes réfugiés.

La Rédaction

Avez-vous des partenaires dans votre projet ?

Simon GUIBERT

Nous sommes accompagnés par Singa, Plateau Urbain et France Active, sur des sujets différents.

Plateau Urbain :

Après une plusieurs rencontre avec les dirigeants de Plateau Urbain, l'équipe nous a proposé un accompagnement sur l'activité de captation de bâtiments vacants ainsi que sur tous les aspects de la gestion des relations entre résidents.

France Active :

J'ai travaillé deux ans à France Active avant de lancer ce projet. Notre association va être accompagné dans le cadre d'un programme d'intrapreneuriat que nous mettons en place en ce moment. Ce programme devrait couvrir un apport technique (mécénat de compétence), une mise en réseau à travers les 42 associations locales de France Active ainsi qu'un accompagnement au financement de notre projet.

Singa :

Nous sommes accompagnés par Singa dans le cadre de l'incubateur Finkela. Nous travaillons avec Singa à la définition de notre solution. Nous sommes pour cela au meilleur endroit puisque nous pouvons échanger directement avec les personnes que nous visons pour nos colocations. Singa nous aide aussi à structurer notre association.

La Rédaction

Comment allez-vous sourcer les bâtiments à même d'héberger votre concept ?

Simon GUIBERT

Il y a 6,8% de logements vides en moyenne en France.

Un peu plus de 100 000 logements sont déclarés vacants à Paris. La situation est diverse selon les arrondissements, entre le 13ème avec 5,2% de logements vacants et le 8ème arrondissement qui en compte 12,5%.

Cependant, ces logements ne sont pas tous ouverts à la réquisition par les pouvoirs publics, réquisition permise par la loi mais encore peu appliquée dans les faits.

Une part des logements vacants le sont pour des raisons de sécurité (insalubrité)

Néanmoins, si la majorité des logements vacants sont aptes à une occupation temporaire, les raisons pour lesquelles ces espaces sont laissés vides sont très diverses.

La majorité des bâtiments vacants sont des bureaux (environ 60% du total de bâtiments vacants). Un changement d'usage, passage d'une fonction de bureau à celle d'habitation est possible, voir encouragé selon les zones.

De plus la vacance n'est pas la même en Ile de France, où le marché locatif est tendu et dans les zones péri-urbaines où les bâtiments sont souvent laissés vacants faute de demande.

Il s'agira, dans un second temps, d'identifier le type de bâtiment vacant sur lesquels nous voulons nous positionner pour déterminer une stratégie efficace.

Laisser un bâtiment vacant coûte cher à un propriétaire. Entre la taxe sur le logement vacant dans certaine ville, les risques de dégradation ou de squatt, le propriétaire a intérêt à faire occuper son lieu par des résidents qui en prendront soin

La Rédaction

Comment allez -vous équiper ces logements « temporaires » ?

Simon GUIBERT

Si le logement n'est pas aux normes et nécessite des travaux d'aménagement trop importants, notre association ne sera pas en mesure de proposer une occupation temporaire par le logement.

Si le lieu est aux normes, deux cas de figure pourront se présenter

  • 1) Le lieu était déjà un logement avant d'être vacant

Dans ce cas de figure, l'aménagement consistera à meubler le bâtiment si ce n'est pas déjà le cas. Nous travaillerons avec des partenaires locaux comme Emmaus et nous serons en mesure d'avancer les frais liés à l'équipement par le biais de notre fonds associatif. Dans le cas du bâtiment que nous avons visité à Marseille, toutes les chambres étaient équipés de lits et le lieu disposait de tous les équipements sanitaires pour un emménagement rapide.

  • 2) Le lieu n'a pas eu un usage d'habitation avant d'être vacant

Si le bâtiment vacant était un bureau ou autre un lieu dédié à un usage économique, nous serons en mesure de proposer un aménagement temporaire et flexible en montant le projet avec un partenaire capable de réaliser ce type de construction.

Nous travaillons en ce moment avec Unity Cube qui designe des solutions d'aménagement temporaire pour de l'habitat dans tout type de bâtiment vacant de type bureaux.

La Rédaction

Il y aura un régisseur résident dans chaque projet ?

Simon GUIBERT

Notre projet est axé sur la gouvernance participative, l'auto-gestion et le pouvoir d'action, inspiré de l'holacratie et de la sociocratie. En pratique, il s'agit d'un modèle de gestion par lequel des mécanismes sont mis en œuvre en vue de permettre à tous les membres de faire des propositions lors des Réunions. Le but est que chacun puisse s'impliquer directement dans la gestion de son lieu de vie. Cette « démocratie du faire » doit être la colonne vertébrale de nos projets de colocation mixte et solidaire en donnant le pouvoir d'initiative à chacun. Une telle construction met en avant l'intelligence collective, et permet de rêver et d'avancer ensemble de manière flexible et pragmatique.

La Rédaction

Quel sera le coup du loyer pour le jeune réfugié? Et pour l'étudiant du « tandem » ?

Simon GUIBERT

Notre modèle économique repose sur la perception des redevances versées par les résidents. A titre d'exemple, le montant de la redevance a été fixé à 190 euros toutes charges comprises pour notre premier lieu à Marseille. Cette redevance pourra varier en fonction des aides dont pourront bénéficier les résidents (ALT, AL, APL) et des dispositifs complémentaires comme le FSL.

L'un des critères pour intégrer une colocation Caracol est d'avoir un revenu régulier qui peut être le RSA (ce qui implique l'ouverture des droits et un âge minimum de 25 ans pour les personnes réfugiées).

Notre objectif est de pratiquer l'insertion la plus large possible. Dans cette optique, nous adapterons le montant de la redevance au cas par cas pour les personnes réfugiés.

Néanmoins, chaque résident verse une redevance, dans un soucis d'égalité et de capacité à intégrer le collectif.

L'objectif est d'accompagner les résidents vers l'autogestion. Une fois le collectif créé, le temps passé par l'association Caracol dans un lieu est réduit. Une personne de l'association pourra habiter sur place avec le rôle de régisseur social (modèle de la Cigue), néanmoins ce rôle pourra être joué, à terme par toute personne ayant expérimenté le modèle de colocation Caracol.

L'accompagnement vers le logement durable, le travail ou encore l'accompagnement pour l'apprentissage de la langue sera effectué par des associations partenaires. Selon les partenaires, il pourra être effectué par des bénévoles formés ou ou des professionnels. Les associations partenaires seront responsables du financement de leur activités.

Enfin, chaque lieu sera une occasion de bénéficier de subventions locales. Dans un premier temps, l'association fonctionnera pour une partie sur subventions (Fonds de Confiance).

La Rédaction

L'étudiant pourra t'il bénéficier d'aides comme il aurait pu en avoir en résidence Crous ou étudiante classique ? Si oui lesquelles ?

Simon GUIBERT

Selon le type de contrat que nous passerons avec le bailleur, les résidents seront en mesure de bénéficier d'aides comme les APL ou d'aides plus spécifiques comme les ALT. Notre capacité à être identifié auprès des collectivités comme une solution complémentaire pour l'accès au logement des personnes réfugiés peut aussi nous permettre de trouver du financement pour l'accompagnement vers l'emploi, le logement durable ou l'apprentissage de la langue. Cet accompagnement sera mené par nos associations partenaires locales.

La Rédaction

Que se passera-t-il pour les migrants lorsque vous devrez quitter un des logements temporaires ?

Simon GUIBERT

L'objectif, à la fin de la colocation, est le relogement de 100% des résidents. Des solutions de sorties seront trouvées avec les associations partenaires. Sur des projets similaires (APA, Lazare, CALM) 70% des résidents trouvent un logement durable uniquement par le biais des liens créé lors de la cohabitation. Enfin, notre capacité à capter d'autres bâtiments vacants pour créer un roulement nous permettra de proposer aux résidents qui le souhaitent de poursuivre l'expérience de colocation solidaire dans la même ville.

La Rédaction

Votre premier projet ce sera où ?

Simon GUIBERT

On vous garde la surprise ! Nous sommes en discussion avancées avec un bailleur à Marseille pour une occupation temporaire de 1 an. Notre premier lieu d'implantation donnera nécessairement une identité à notre projet. Ce premier lieu pourra se trouver à Paris où nous avons la majorité de notre réseau, mais on peut démarrer dans n'importe quelle grande ville.

La Rédaction

Un dernier mot à nos lecteurs ?

Simon GUIBERT

Nous souhaitons offrir à tous ceux qui le souhaitent l'expérience d'une colocation multiculturelle enrichissante. Nos colocations seront construites autour de la mise en relations de personnes qui partagent des intérêts communs et l'envie de créer un lien autour de projets développés ensemble. Dans cette configuration, l'échange se crée par la cohabitation quotidienne et l'adhésion à un projet. Le mot « projet » est passe partout, il peut désigner un centre d'intérêt partagé ou une petite action ponctuelle qui constitueront un premier ciment comme un projet plus ambitieux rendu possible par un lieu. Dans cette optique, la personne réfugiée n'est pas une « personne à intégrer » par le projet mais une valeur ajoutée pour le projet, par sa culture et son parcours différent. Les colocations auront, selon les candidatures que nous recevons, une orientation « internationale ». Les personnes à statut de réfugié ne seront pas nécessairement les seules personnes ayant une culture différente des « locaux ». L'origine n'est pas la seule source de diversité. Notre but est de mixer les mixités : culturel, sociales et économiques. La mixité comme valeur ajoutée est une valeur fondamentale du projet, une valeur qui sera partagée par les personnes ayant envie de rejoindre une colocation solidaire du réseau. Le terme « solidaire » et l'objet social en général ne reposent pas uniquement sur l'accueil des réfugiés dans ces colocations mais sur l'accès, pour tous les locataires, à un lieu de vie décent pour un loyer modéré et la possibilité de développer, pour un temps donné, des projets en commun qu'il aurait été difficile de réaliser dans le cadre du marché locatif classique.

 Publié le 03 mai 2018

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