
Vice-Président du Conseil Général de l’Essonne
chargé de la jeunesse, de
l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’accès
aux savoirs.
AGIR POUR VALORISER LES SCIENCES
L’organisation par le Conseil Général de l’Essonne,
aux côtés du Rectorat de Versailles, d’un colloque sur la
désaffection des jeunes pour les carrières scientifiques s’inscrit
non seulement dans une dimension locale, mais aussi dans une réflexion
plus large au niveau départemental, national et européen. Cette
problématique concerne plus globalement tous les pays industrialisés.
D’autres colloques ont déjà fait un point sur cette thématique
et les conséquences de cette désaffection. Le présent colloque
a pour ambition d’aller au-delà de la réflexion pour lancer
des pistes concrètes d’actions dans le cadre d’un débat
général sur le divorce entre les citoyens et les sciences.
Le département de l’Essonne possède des ressources importantes
en matière de formations supérieures et de recherche à
travers ses deux universités (Evry et Paris XI-Orsay), ses écoles
d’ingénieurs et grâce à ses 2 pôles de compétitivité
mondiaux (system@tic et meditech-santé) récemment labellisés
par l'Etat. Cette potentialité de développement est bien évidemment
en interactivité avec les territoires environnants ; c’est pourquoi
ce colloque dépasse largement l'Essonne. Il a pour vocation d’interpeller
et de mobiliser, non seulement les élus, les enseignants mais aussi les
citoyens. Cette désaffection des jeunes pour les sciences pose un problème
qui va au-delà des enjeux économiques, culturels et sociaux, elle
soulève une question plus philosophique de la perte de confiance du citoyen
dans l'idée même de progrès, comme moteur de l'évolution
de la condition humaine.
Ce colloque a pour objectif de s’inscrire dans une réalité
à la fois territoriale, mais aussi institutionnelle en s’interrogeant
sur le rôle de l’enseignement scientifique, la place des femmes
dans les sciences, et la sensibilisation à la culture scientifique.Afin
de mener une réflexion rationnelle et impartiale, nous avons confié
l’animation de ce colloque à un comité scientifique indépendant,
sous la présidence de Monsieur Jean-Pierre Bourguignon, directeur de
l'IHES (Institut des Hautes Etudes Scientifiques). Nous souhaitons que ce colloque
contribue à favoriser les rencontres entre chercheurs, universités,
grandes écoles et les
lycéens. Le Forum des métiers a pour objectif de présenter
de façon concrète le rôle des sciences dans notre société,
d’illustrer la place de la science dans la vie quotidienne et de démontrer
ses apports essentiels à notre qualité de vie.
Car la science n’est pas uniquement un savoir théorique, elle débouche
toujours sur un savoir faire qui est vecteur de progrès et qui se place
au coeur de l'histoire de l'humanité. Nous avons également la
volonté d’instaurer un débat plus global entre les acteurs
politiques, les scientifiques et l'ensemble des institutions concernées
afin d'impulser, en partenariat avec le Conseil Régional, une politique
coordonnée en Essonne mais bien sur au-delà, en Ile de France.
Le colloque débouchera sur la signature d’une Charte entre le Rectorat
de Versailles et le Conseil Général prévoyant des actions
à court, moyen et long termes pour sensibiliser les jeunes et l’ensemble
de la population à l'intérêt des formations scientifiques
et de la science en général. Si le forum des métiers est
d’ores et déjà une première action de sensibilisation
vers les jeunes, cette démarche doit être nourrie à moyen
terme par la mise en place de projets d’établissements, notamment
dans les collèges, pour favoriser l’éveil scientifique des
jeunes.A plus long terme, cette charte vise à mener des actions plus
globales afin d’animer le territoire autour du thème des sciences
et de la société, d’engager le citoyen à s’approprier
cette réflexion et lui donner le goût des sciences.
LES SCIENCES, DES FILIÈRES ÉLITISTES ?
Considérée comme un cursus d’excellence, la filière
scientifique possède cependant une image contrastée. Bien que
le métier de chercheur bénéficie en France d’une
très bonne réputation, les jeunes restent freinés dans
leur orientation vers les études scientifiques, réputées
longues, difficiles et peu rémunératrices. Les filles en particulier
gardent la vision de métiers à connotation masculine. En effet,
un sondage révèle qu’un tiers seulement des lycéens
affirment avoir envie de suivre des études scientifiques et s’en
sentent capables, 23 % reconnaissent avoir envie de suivre de telles études
mais ne s’en sentant pas capables et 21 % affirment s’en sentir
capables mais ne pas être intéressés par ces études.
Enfin 22 % ne ressentent ni l’envie, ni la capacité de poursuivre
ces études (Table ronde « L’image de la science chez les
jeunes »/ Villeneuve d’Ascq, le 28 février et le 1er mars
2002).
ENSEIGNEMENT : DONNER LE GOÛT DES SCIENCES PAR L’EXPÉRIENCE
L’apprentissage des sciences est étroitement lié à
cette perception, et il a lui-même beaucoup évolué depuis
les « Leçons de choses » de l’école élémentaire
à la fin du XIXème siècle, en passant par les cours d’observation
des années 70. Dans les années 90, l’enseignement dans les
écoles primaires devient à nouveau très théorique
et s’éloigne des expériences pratiques. Pour remédier
à ces écueils pédagogiques, Georges Chapark présente
en 1992 le programme « La main à la pâte » issu de
l’initiative « Hands on » du prix Nobel américain Léon
Leiderman, l’idée est alors d’alphabétiser les enfants
des ghettos noirs de Chicago par les sciences. Georges Charpak lance en 1995
le programme en France, avec le soutien de l’académie des sciences
et de l’INSP (Institut des Nano Sciences de Paris), qui a pour vocation
de mettre en place un enseignement rénové des sciences à
partir de l’expérience et de désinhiber les enseignants
par rapport à l’enseignement scientifique.
VERS UNE PÉNURIE D’ENSEIGNANTS DANS LES MATIÈRES SCIENTIFIQUES
Si cette initiative a connu un réel succès, on constate pourtant
aujourd’hui une désaffection des jeunes pour les carrières
scientifiques qui se traduit surtout par une diminution importante des effectifs
étudiants dans des disciplines comme la Physique et la Chimie, dans les
cursus non-sélectifs de l’enseignement universitaire. Les titulaires
de bacs scientifiques sont moins nombreux à se diriger vers les formations
scientifiques (- 7.8 % en 5 ans – source Rapport de M. Maurice Porchet
mars 2002). Les inscriptions dans les DEUG de sciences connaissent une baisse
significative (- 8 % en moyenne), avec une situation très contrastée
: stabilité pour les mathématiques, forte diminution en biologie
(- 27 %) et plus encore en physique chimie (- 46 %) depuis cinq ans. Parallèlement,
les inscriptions en thèse ont baissé entre 1992 et 2000, passant
de 16 264 à 15 574 (- 5 %). On constate un net recul, surtout en chimie
(- 33 %), en physique et en sciences pour l’ingénieur (- 18.6 %)
et en sciences de la vie (- 14.4 %) (Rapport sur les études doctorales
– ministère de l’Education nationale – mai 2001). Cette
désaffection va poser un grave problème de manque d’enseignants
en mathématiques et en sciences.
LA SCIENCE AU COEUR DES ENJEUX ÉCONOMIQUES
Or, les compétences scientifiques et techniques sont au coeur des enjeux
économiques, et cette pénurie est susceptible de compromettre
la compétitivité de notre appareil économique, de plus
en plus dépendant de sonaptitude à l’innovation technique.
Si les jeunes restent les premiers utilisateurs des innovations, comment les
inciter à faire carrière dans les métiers scientifiques
?
La Commission européenne l’a compris : en élaborant le Protocole
de Lisbonne, signé par tous les Etatsmembres en 2000, elle propose d’instaurer
une Economie de la connaissance, dont le dynamisme serait porté par la
recherche et l’innovation.Ainsi, tous les Etats-membres se sont engagés
à porter leur budget consacré à la recherche à 3
% de leur PIB (la France est actuellement à 2,2 %) d’ici 2010.
Cet effort de recherche serait pris en charge par la puissance publique comme
par les entreprises. Pour remplir cet engagement, on envisage qu’il faudra
procéder à environ 15 000 nouveaux recrutements chaque année.
QUELS DÉBOUCHÉS DANS LES CARRIÈRES SCIENTIFIQUES ?
En outre, il faut également tenir compte des prévisions des départs
à la retraite de scientifiques et d’ingénieurs, dans l’enseignement
et les organismes publics de recherche. Les projections montrent que les besoins
de recrutement de haut niveau vont être considérables dans les
années à venir. Selon Maurice Porchet (Université des Sciences
et Technologies de Lille et Chargé de Mission au Ministère), d’ici
2010, 400 000 emplois dans l’enseignement devront être créés,
28 000 dans la recherche et l’ingénierie, 150 000 dans la formation
continue et 260 000 dans l’informatique, 300 000 dans le secteur de la
santé, 150 000 dans l’industrie de process et 17 000 dans l’agriculture.
Le rôle social de l’université française va donc être
primordial et la fonction de formation essentielle pour l’avenir du pays.
L’industrie possède également un fort potentiel de recrutement
dans des secteurs clés tels que :
- les technologies critiques touchant à la défense et à
la sécurité,
- le domaine de la recherche spatiale,
- le domaine de l’énergie avec la question de la sécurité
d’approvisionnement énergétique,
- les domaines des sciences de la Vie où la recherche est aujourd’hui
porteuse de révolutions
essentielles avec en particulier des conséquences majeures pour la santé
- et celui des technologies de la communication et de l’information.
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