Les jeunes et la science

Résumé du colloque des 7 et 8 octobre à l'Ecole Polytechnique.

Publié le 07 novembre 2005

  • Introduction par RICHARD MESSINA,
  • Vice-Président du Conseil Général de l’Essonne chargé de la jeunesse, de
    l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’accès aux savoirs.

    AGIR POUR VALORISER LES SCIENCES


    L’organisation par le Conseil Général de l’Essonne, aux côtés du Rectorat de Versailles, d’un colloque sur la désaffection des jeunes pour les carrières scientifiques s’inscrit non seulement dans une dimension locale, mais aussi dans une réflexion plus large au niveau départemental, national et européen. Cette problématique concerne plus globalement tous les pays industrialisés. D’autres colloques ont déjà fait un point sur cette thématique et les conséquences de cette désaffection. Le présent colloque a pour ambition d’aller au-delà de la réflexion pour lancer des pistes concrètes d’actions dans le cadre d’un débat général sur le divorce entre les citoyens et les sciences.


    Le département de l’Essonne possède des ressources importantes en matière de formations supérieures et de recherche à travers ses deux universités (Evry et Paris XI-Orsay), ses écoles d’ingénieurs et grâce à ses 2 pôles de compétitivité mondiaux (system@tic et meditech-santé) récemment labellisés par l'Etat. Cette potentialité de développement est bien évidemment en interactivité avec les territoires environnants ; c’est pourquoi ce colloque dépasse largement l'Essonne. Il a pour vocation d’interpeller et de mobiliser, non seulement les élus, les enseignants mais aussi les citoyens. Cette désaffection des jeunes pour les sciences pose un problème qui va au-delà des enjeux économiques, culturels et sociaux, elle soulève une question plus philosophique de la perte de confiance du citoyen dans l'idée même de progrès, comme moteur de l'évolution de la condition humaine.

    Ce colloque a pour objectif de s’inscrire dans une réalité à la fois territoriale, mais aussi institutionnelle en s’interrogeant sur le rôle de l’enseignement scientifique, la place des femmes dans les sciences, et la sensibilisation à la culture scientifique.Afin de mener une réflexion rationnelle et impartiale, nous avons confié l’animation de ce colloque à un comité scientifique indépendant, sous la présidence de Monsieur Jean-Pierre Bourguignon, directeur de l'IHES (Institut des Hautes Etudes Scientifiques). Nous souhaitons que ce colloque contribue à favoriser les rencontres entre chercheurs, universités, grandes écoles et les
    lycéens. Le Forum des métiers a pour objectif de présenter de façon concrète le rôle des sciences dans notre société, d’illustrer la place de la science dans la vie quotidienne et de démontrer ses apports essentiels à notre qualité de vie.
    Car la science n’est pas uniquement un savoir théorique, elle débouche toujours sur un savoir faire qui est vecteur de progrès et qui se place au coeur de l'histoire de l'humanité. Nous avons également la volonté d’instaurer un débat plus global entre les acteurs politiques, les scientifiques et l'ensemble des institutions concernées afin d'impulser, en partenariat avec le Conseil Régional, une politique coordonnée en Essonne mais bien sur au-delà, en Ile de France. Le colloque débouchera sur la signature d’une Charte entre le Rectorat de Versailles et le Conseil Général prévoyant des actions à court, moyen et long termes pour sensibiliser les jeunes et l’ensemble de la population à l'intérêt des formations scientifiques et de la science en général. Si le forum des métiers est d’ores et déjà une première action de sensibilisation vers les jeunes, cette démarche doit être nourrie à moyen terme par la mise en place de projets d’établissements, notamment dans les collèges, pour favoriser l’éveil scientifique des jeunes.A plus long terme, cette charte vise à mener des actions plus globales afin d’animer le territoire autour du thème des sciences et de la société, d’engager le citoyen à s’approprier cette réflexion et lui donner le goût des sciences.

    • La place des sciences aujourd"hui et demain

    LES SCIENCES, DES FILIÈRES ÉLITISTES ?


    Considérée comme un cursus d’excellence, la filière scientifique possède cependant une image contrastée. Bien que le métier de chercheur bénéficie en France d’une très bonne réputation, les jeunes restent freinés dans leur orientation vers les études scientifiques, réputées longues, difficiles et peu rémunératrices. Les filles en particulier gardent la vision de métiers à connotation masculine. En effet, un sondage révèle qu’un tiers seulement des lycéens affirment avoir envie de suivre des études scientifiques et s’en sentent capables, 23 % reconnaissent avoir envie de suivre de telles études mais ne s’en sentant pas capables et 21 % affirment s’en sentir capables mais ne pas être intéressés par ces études. Enfin 22 % ne ressentent ni l’envie, ni la capacité de poursuivre ces études (Table ronde « L’image de la science chez les jeunes »/ Villeneuve d’Ascq, le 28 février et le 1er mars 2002).

     

    ENSEIGNEMENT : DONNER LE GOÛT DES SCIENCES PAR L’EXPÉRIENCE


    L’apprentissage des sciences est étroitement lié à cette perception, et il a lui-même beaucoup évolué depuis les « Leçons de choses » de l’école élémentaire à la fin du XIXème siècle, en passant par les cours d’observation des années 70. Dans les années 90, l’enseignement dans les écoles primaires devient à nouveau très théorique et s’éloigne des expériences pratiques. Pour remédier à ces écueils pédagogiques, Georges Chapark présente en 1992 le programme « La main à la pâte » issu de l’initiative « Hands on » du prix Nobel américain Léon Leiderman, l’idée est alors d’alphabétiser les enfants des ghettos noirs de Chicago par les sciences. Georges Charpak lance en 1995 le programme en France, avec le soutien de l’académie des sciences et de l’INSP (Institut des Nano Sciences de Paris), qui a pour vocation de mettre en place un enseignement rénové des sciences à partir de l’expérience et de désinhiber les enseignants par rapport à l’enseignement scientifique.


    VERS UNE PÉNURIE D’ENSEIGNANTS DANS LES MATIÈRES SCIENTIFIQUES


    Si cette initiative a connu un réel succès, on constate pourtant aujourd’hui une désaffection des jeunes pour les carrières scientifiques qui se traduit surtout par une diminution importante des effectifs étudiants dans des disciplines comme la Physique et la Chimie, dans les cursus non-sélectifs de l’enseignement universitaire. Les titulaires de bacs scientifiques sont moins nombreux à se diriger vers les formations scientifiques (- 7.8 % en 5 ans – source Rapport de M. Maurice Porchet mars 2002). Les inscriptions dans les DEUG de sciences connaissent une baisse significative (- 8 % en moyenne), avec une situation très contrastée : stabilité pour les mathématiques, forte diminution en biologie (- 27 %) et plus encore en physique chimie (- 46 %) depuis cinq ans. Parallèlement, les inscriptions en thèse ont baissé entre 1992 et 2000, passant de 16 264 à 15 574 (- 5 %). On constate un net recul, surtout en chimie (- 33 %), en physique et en sciences pour l’ingénieur (- 18.6 %) et en sciences de la vie (- 14.4 %) (Rapport sur les études doctorales – ministère de l’Education nationale – mai 2001). Cette désaffection va poser un grave problème de manque d’enseignants en mathématiques et en sciences.

     

    LA SCIENCE AU COEUR DES ENJEUX ÉCONOMIQUES


    Or, les compétences scientifiques et techniques sont au coeur des enjeux économiques, et cette pénurie est susceptible de compromettre la compétitivité de notre appareil économique, de plus en plus dépendant de sonaptitude à l’innovation technique. Si les jeunes restent les premiers utilisateurs des innovations, comment les inciter à faire carrière dans les métiers scientifiques ?
    La Commission européenne l’a compris : en élaborant le Protocole de Lisbonne, signé par tous les Etatsmembres en 2000, elle propose d’instaurer une Economie de la connaissance, dont le dynamisme serait porté par la recherche et l’innovation.Ainsi, tous les Etats-membres se sont engagés à porter leur budget consacré à la recherche à 3 % de leur PIB (la France est actuellement à 2,2 %) d’ici 2010. Cet effort de recherche serait pris en charge par la puissance publique comme par les entreprises. Pour remplir cet engagement, on envisage qu’il faudra procéder à environ 15 000 nouveaux recrutements chaque année.


    QUELS DÉBOUCHÉS DANS LES CARRIÈRES SCIENTIFIQUES ?


    En outre, il faut également tenir compte des prévisions des départs à la retraite de scientifiques et d’ingénieurs, dans l’enseignement et les organismes publics de recherche. Les projections montrent que les besoins de recrutement de haut niveau vont être considérables dans les années à venir. Selon Maurice Porchet (Université des Sciences et Technologies de Lille et Chargé de Mission au Ministère), d’ici 2010, 400 000 emplois dans l’enseignement devront être créés, 28 000 dans la recherche et l’ingénierie, 150 000 dans la formation continue et 260 000 dans l’informatique, 300 000 dans le secteur de la santé, 150 000 dans l’industrie de process et 17 000 dans l’agriculture. Le rôle social de l’université française va donc être primordial et la fonction de formation essentielle pour l’avenir du pays.

    L’industrie possède également un fort potentiel de recrutement dans des secteurs clés tels que :
    - les technologies critiques touchant à la défense et à la sécurité,
    - le domaine de la recherche spatiale,
    - le domaine de l’énergie avec la question de la sécurité d’approvisionnement énergétique,
    - les domaines des sciences de la Vie où la recherche est aujourd’hui porteuse de révolutions
    essentielles avec en particulier des conséquences majeures pour la santé
    - et celui des technologies de la communication et de l’information.

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