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Catégorie > Cinéma

Entretien avec Sólveig Anspach

La réalisatrice nous présente son film : Back Soon !

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Au départ, il y a donc le désir de tourner dans un lieu précis, l’Islande, avec des acteurs précis. Est-ce que le registre de la comédie était voulu dès le départ ?

Solveig Anspach

D’abord, je voulais me faire plaisir après les deux années difficiles passées sur le précédent projet. Je tenais à me lâcher dans un scénario sans carcan, assez rocambolesque, foncer sans avoir peur, en écrivant pour des gens que j’aime. J’imaginais des rôles pour des personnes que j’avais rencontrées là-bas, notamment des musiciens de la scène islandaise que j’avais croisés à Reykjavik. J’ai fait des photos, discuté avec plein d’artistes, acteurs, musiciens, écrivains… Peu à peu, chacun d’entre eux a apporté des choses à l’écriture du film. Ensuite, c’est vrai, j’avais envie de faire rire. Dans mes films précédents, les gens étaient souvent émus, et cette émotion ils venaient m’en parler après la projection. Là j’avais envie d’entendre leurs réactions, d’entendre leurs rires. C’est la première fois que je m’essaie à ce genre, même si j’ai tourné pas mal de documentaires «comiques» : Barbara tu n’es pas coupable, Les Braqueuses d’Avignon, etc. Je crois que ce vers quoi j’ai envie de tendre, c’est de raconter des histoires qui font rire, et en même temps qui sont tristes, parce qu’au final c’est souvent de ça qu’est faite la vie.

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Le cinéma n’est-il pas selon vous une affaire de famille, une sorte de petite utopie collective, un esprit de bande ?

Solveig Anspach

En tout cas, j’ai envie sur mes tournages d’arriver à cet état d’esprit. Chez moi, la maison est toujours ouverte, et quelque part, un film c’est un lieu d’où l’on parle, c’est un lieu de vie dans un certain espace temps. Depuis toujours, j’ai voulu faire des films. Faire un film est difficile, vous le «portez» pendant trois, voire quatre ans de votre vie, et puis vous le donnez aux gens en espérant qu’il aura la chance d’être vu, et que les choses que vous y avez mises seront reçues, comprises par ceux qui le verront… Je me suis dit qu’il fallait que je retrouve ce sentiment fort qui m’habite depuis toute petite. J’aime les gens, les filmer, les écouter, les mettre en situation, qu’ils aient envie d’offrir quelque chose d’eux au récit que je veux mener. Inventer des situations susceptibles de créer des événements. Pour BackSoon, je tenais à écrire un scénario qui ait une structure, un squelette fort, autour duquel je pourrais broder avec les acteurs. Ce travail s’est fait avec Jean-Luc de manière très ludique. Quand j’ai commencé à faire des films en sortant de la Fémis, j’étais secrètement inquiète lorsque des gens de l’équipe m’amenaient des idées que je jugeais bonnes : je me disais : «c’est moi qui aurais dû avoir ces idées, je suis le réalisateur…». Aujourd’hui, plus je fais de films, plus je pense l’inverse. J’ai l’impression que ce que j’essaie de créer, c’est un lieu où les gens vont avoir envie d’amener des choses, précieuses et nourrissantes pour le film. Évidemment, il ne s’agit pas de faire un film collectif, c’est moi qui trie, structure, choisis mais j’essaie d’intégrer le plus possible au film ce que les acteurs et mes collaborateurs me donnent. Sur BackSoon, il y a eu un climat qui a permis ce partage. En plus du tournage (et sur ce film quasiment toute l’équipe était islandaise et je ne les connaissais pas), il y a des gens qui comptent dans mon travail depuis toujours : Martin Wheeler pour la musique, Anne Riegel pour le montage, Marie Le Garrec pour les costumes, Mireya Samper pour les repérages… Ils m’accompagnent depuis longtemps.

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Vous soignez aussi beaucoup le filmage et laissez une grande liberté à vos acteurs. Comment articulez-vous ces deux plans de l’écriture et la liberté que vous vous accordez par rapport au scénario ?

Solveig Anspach

Le scénario ne doit pas écraser le film. Tourner le scénario ne m’intéresse pas, cela ne me nourrit pas assez. Ce que j’aime, c’est quand il y a de la vie, c’est là que ça devient magique, et que pour moi, c’est vraiment du cinéma. Pour que cela advienne, il faut que le «cadre» soit ouvert. Je me demande à chaque fois : «dans cette séquence, qu’est-ce que tu voulais dire et ce qui a été inventé va-t-il dans le sens de la scène ?». Cette manière de travailler m’a apporté beaucoup de liberté et de bonheur.

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Est-ce que le fait de tourner en HD a changé votre rapport à la mise en scène ?

Solveig Anspach

Oui, vous voyez immédiatement ce que vous filmez, c’est très rassurant et pratique. Sur le tournage de StormyWeather, j’envoyais les bobines en France et je voyais les rushes deux semaines après, avec toute l’angoisse que cela suppose. Et puis, la HD déstresse par rapport à la nécessité de faire peu de prises : mes films sont en général assez fauchés, ce qui m’empêche de faire de nombreuses prises. Là, je pouvais faire ce que je voulais, même si les contraintes de temps (peu de jours de tournage) ont fait que je n’ai pas pu abuser du nombre de prises. Mais j’avais une vraie liberté, notamment dans la possibilité de laisser durer les scènes, jusqu’à ce que quelque chose de surprenant surgisse. Des choses très drôles ont pu naître ainsi à l’image.



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