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Alors que certains s’offusquent qu’un chanteur français, censé représenter son pays à l’Eurovision, puisse chanter en anglais, comment vous situez-vous sur la carte géographique du cinéma mondial ? Votre nouveau film, Back Soon, tourné en Islande, joué en islandais, dépasse-t-il les catégories figées de l’identité nationale ?
Solveig Anspach
C’est vrai que je me sens un mélange de plein de choses : mon père est Américain, il est né à Berlin, sa mère était Roumaine, ma mère est Islandaise ; personne de ma famille n’est Français. Ma soeur et moi sommes nées en Islande, mais nous avons grandi en France. Ma mère y était venue faire des études d’architecture aux Beaux-Arts, et mon père après avoir fait le débarquement en Normandie en tant que soldat de l’armée américaine, est lui aussi allé aux Beaux-Arts y faire des études de peinture. C’est là qu’il a rencontré ma mère. Ils sont ensuite restés en France, après avoir fait une brève tentative pour vivre à New York où ils se sont mariés. À Paris, ils nous ont mis, ma soeur et moi, dans une école allemande, l’école Steiner. Tout ceci a fait que nous vivions à Paris, mais pas uniquement baignées dans la culture française. C’est peut-être une des raisons pour laquelle, depuis ma sortie de la Fémis, je me sens rarement proche des films français que je vois. Bien sûr, il y en a que j’aime mais je trouve souvent qu’ils sont très formatés.
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C’est de cette tendance forte du formatage d’un certain cinéma français que vous cherchez à vous écarter ?
Solveig Anspach
Avec BackSoon, je voulais surtout tourner avec des gens dont j’avais envie, tout simplement. Pas avec des acteurs qu’on m’impose. Mon producteur islandais m’a tout de suite dit que j’avais deux options : soit tourner le film en américain, avec des acteurs américains, ce qui pouvait permettre au film de s’installer plus facilement sur le marché ; soit m’obstiner à le faire en islandais avec des acteurs islandais inconnus. À partir du même scénario, on pouvait faire deux films très différents, en changeant simplement le casting et la langue. Or, pour moi, il était évident que ce film ne pouvait se faire qu’en Islande et en islandais. D’où la difficulté de trouver de l’argent pour le produire. 25 jours de tournage ont été accordés, c’était donc très court et dense mais il y a eu du coup une vraie énergie sur ce tournage. Étrangement nous n’étions jamais vraiment fatigués, et pourtant les journées étaient très longues puisque le film a été tourné au printemps, période où en Islande il n’y a pas de nuit !
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D’où est venue l’envie de faire ce film ? Quelle fut l’étincelle de départ ?
Solveig Anspach
J’avais déjà tourné en Islande mon précédent film, Stormy Weather. Après, j’ai écrit avec Jean-Luc Gaget, mon co-scénariste, une comédie qui s’appelle Claire n’est plus au Guatemala sur laquelle on a travaillé longtemps sans arriver à la produire. Avec le temps qui s’étire à n’en plus finir, le désir de ce film s’est un peu perdu et en accord avec mes producteurs d’Agat films, j’ai lâché l’affaire. Jean-Luc et moi étions assez déprimés par ces deux ans de travail sans résultat mais comme on est tenace, on a réfléchi à un autre sujet. C’est à ce moment-là que je me suis dit que j’avais envie de faire un autre film en Islande, mais qui soit très différent du précédent. J’avais envie de retourner avec les actrices de mes précédents films, Didda Jonsdottir et Joy Doyle. Assez vite, l’idée de la présence dramaturgique d’un téléphone portable et de la revente d’un commerce s’est imposée. De fil en aiguille, le scénario s’est construit, jusqu’à cette situation saugrenue : le portable avalé par une oie ! À partir de là, on a essayé de décliner cette option : le portable est dans l’oie et après, qu’est ce qu’il se passe ? Cela nous a amusés, on a développé cette idée encouragés par Patrick Sobelman, mon producteur français.
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