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Interview de Thomas Durand

Il nous présente son ouvrage co-écrit avec Stéphanie Dameron, «The future of Business Schools : Scenarios and Strategy for 2020»

Interview de Thomas Durand
Thomas DURAND est professeur de Stratégie d'entreprise à l'Ecole Centrale Paris. Il travaille dans les domaines du management stratégique, du management de l'innovation, des stratégies technologiques ainsi que des politiques publiques portant sur la recherche, le transfert de technologie et la promotion de l'innovation. Il a publié « Strategic Networks, Learning to Compete » avec Michael Gibbert, Blackwell en 2007 . Il est président de la Société Française de Management et également président de CM International, cabinet de conseil en management à Paris, Cardiff et Dublin.

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Bonjour Mr Durand, pourquoi avoir choisi le thème des business Schools ?

Thomas Durand

Nous sommes des professeurs de management. Nous constatons que la concurrence internationale se durcit dans le monde de l’enseignement supérieur en gestion et nous nous interrogeons sur la façon dont l’Europe peut avancer sur ces sujets. Nous sommes convaincus de ce que les questions de management (la stratégie, le marketing, l’organisation des entreprises, la gestion des ressources humaines, la finance, la gestion de la production et de la chaîne logistique) sont au cœur de la compétitivité des entreprises et de nos économies. Nous avons donc voulu regarder cette question de près.

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Qu’entendez-vous par « Business schools » ?

Thomas Durand

Il s’agit pour nous de tous les établissements d’enseignement supérieur et de recherche en management. En France, cela couvre aussi bien les écoles de commerce, les universités et les IAE. Certains établissements sont publics, d’autre sont semi-publics, d’autres encore sont privés.

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Vous parlez de domination des Nord-Américains en matière d’enseignement et de recherche en management, que voulez vous dire par là ?

Thomas Durand

Cette domination se concrétise dans la réputation des business schools. Elle se traduit par une attraction plus forte des plus réputées d’entre elles, que ce soit pour les étudiants et les managers qui viennent s’y former en acceptant de payer des droits de scolarité très élevés ou encore pour le corps professoral qui y sera mieux rémunéré, avec de meilleures conditions pour conduire des projets de recherche et produire de la connaissance.Un chiffre illustre cette domination : près de 60% des publications parues dans les principales revues académiques de management sont d’origine nord américaine. (Et pourtant l’économie américaine ne représente plus que quelques 22% de l’économie mondiale…).Pour une business school, sa réputation contribue à générer des ressources supplémentaires qui viennent l’aider à renforcer sa réputation. Depuis quelques années, des classements de business schools sont apparus, publiés par des journaux qui explicitent ainsi ce qui était jusque là très informel. Et ces classements affichent clairement cette domination nord américaine. Ajoutons que la puissance des grandes entreprises multinationales d’origine américaine depuis 1945 a contribué à établir et renforcer cette domination des modèles de management venus d’outre atlantique. Toute la question est de savoir si l’Europe ne pourrait pas offrir d’autres modèles de management au reste du monde.

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Quelles différences existe-il entre le modèle du Business School Américain et le modèle Européen ?

Thomas Durand

Les contenus dispensés par les business schools des deux côtés de l’atlantique sont en fait aujourd’hui relativement proches. (Et c’est en soi un problème car les besoins en management dépendent fortement des contextes sociopolitiques dans lesquels les entreprises opèrent). Les structures de programmes (licence/bachelor, master/MBA, doctorat, formation continue/ Executive education) sont également proches, à une nuance près : le produit phare des business schools américaines est le MBA, alors que le master of Science en management est plus répandu en Europe.

Mais les différences de modèles sont vraiment marquantes dans deux domaines : le business model et la production scientifique. D’une part, comme toute organisation, une business school a un « business model ». Les business schools américaines perçoivent des droits de scolarité autrement plus significatifs qu’en Europe et ont su mettre en place depuis longtemps des dispositifs de collecte de donations qui alimentent des fonds au sein de fondations dédiées. L’écart de ressources entre les meilleures business schools américaines et européennes est ainsi considérable. D’autre part, la recherche nord américaine en management a choisi de privilégier des approches quantitatives, sur la base d’échantillons statistiques larges, dans une posture qui vise à imiter les sciences dures. Les recherches en management à l’européenne avaient jusqu’ici réussi à concilier plusieurs approches différentes (des approches quantitatives, mais aussi des études cliniques, des perspectives plus transversales et systémiques, la mobilisation de sciences sociales et humaines, etc.). Pourtant, la domination nord américaine sur le champ, et le mécanisme des classements ont conduit une part significative des business schools européennes à exiger de leurs professeurs des productions de type nord américain. Et cette tendance vers ce que les chercheurs en management appellent le « mainstream » est pour nous un autre sujet de préoccupation car elle tend à éloigner les business schools européennes d’une capacité de différenciation, où il s’agirait d’offrir autre chose aux pays émergents.



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