Universités et Grandes Écoles: un fossé à combler

La distance entre les deux systèmes de formation constitue l'"exception française" dans ce domaine. Peut-elle subsister encore longtemps sans mettre en péril notre crédibilité à l'échelle internationale?

Publié le 23 janvier 2004

"L'exception française" (existence parallèle des écoles d'ingénieurs et des écoles de gestion et de commerce d'un côté, universités de l'autre) est souvent invoquée pour expliquer la mauvaise lisibilité de notre système d'enseignement supérieur aux yeux de nos partenaires étrangers, européens ou américains.

Des voix de plus en plus nombreuses s'élèvent pour demander, sinon un effacement, impossible, de différences héritées d'une longue histoire, du moins des rapprochements beaucoup plus importants que ceux, trop timides, qui existent aujourd'hui entre les écoles et les universités. Le risque est grand, si ces rapprochements tardent à se faire, de voir les unes et les autres se trouver dans une situation concurrentielle difficile par rapport aux grandes universités étrangères, surtout au moment où le modèle dit "LMD" tend à harmoniser l'enseignement supérieur à l'échelle européenne.

Les obstacles ne manquent pas à ces rapprochements dans la mesure où les grandes écoles (du moins celles qui adhèrent à la Conférence des Grandes Écoles) pratiquent toujours un grand élitisme dans leur recrutement, et voient, de ce fait, leurs effectifs stagner, tandis que les universités sont tenues d'accepter, sans discrimination, tous les bacheliers, les meilleurs d'entre eux choisissant par ailleurs, dans une proportion importante (plus de 40%), une filière sélective en dehors d'elles. D'où l'inquiétude des "laissés pour compte" de l'enseignement supérieur et leur opposition à tout projet de réforme des universités d'une part, et d'autre part, si les choses restent en l'état, la mise en péril de ces dernières.

Et pourtant, ces difficultés n'empêchent pas des tentatives de moins en moins timides de voir le jour afin de réduire de part et d'autre les risques de déclin. Les universités sont de plus en plus nombreuses à accélérer, avec de bons résultats, la professionnalisation de leurs formations (Licences professionnelles, DESS, IUP) et à coopérer, encore trop timidement, avec les milieux professionnels tandis que les écoles admettent sur titre et après des épreuves sélectives des étudiants issus des universités. Même si ces admissions restent encore très limitées dans les plus grandes d'entre elles (voir, par exemple, sur le site Internet du CNE, le rapport d'évaluation récent de l'École centrale de Paris), il y a là un signe d'ouverture et de rapprochement qu'il convient d'encourager.

C'est sans doute l'adoption de la nouvelle architecture de formation dite LMD (licence-master-doctorat) ou "3-5-8") qui pourra accélérer, outre l'harmonisation des cursus français avec les cursus européens, le rapprochement entre écoles et universités et le rendre plus efficace. Certes, là encore, les obstacles à surmonter ne manquent pas. La licence, par exemple, n'est pas constitutive des cursus des grandes écoles; le titre d'ingénieur qu'elles délivrent n'est pas assimilable à un master professionnel prévu dans la réforme LMD. Il y a là des ajustements à trouver pour permettre de surmonter ces difficultés.

Mais c'est dans les domaines de la recherche que les collaborations devront s'amplifier afin de proposer des pôles d'excellence crédibles sur le plan international. Certes, ici encore, des partenariats existent associant écoles et universités, pour, par exemple, la participation à des DEA cohabilités, mais cette politique suscite trop souvent des réticences, surtout de la part des écoles dont certaines redoutent que ces coopérations leur soient défavorables. Dans son rapport d'évaluation de l'École Centrale de Paris, le CNE recommande à cette dernière de "développer un réseau de partenariats avec des institutions universitaires françaises autres que le CNRS (INRIA pour l'informatique, INSERM, CIRAD, INRA pour la biologie, grandes universités parisiennes dans leurs secteurs d'excellence), au même niveau de qualité que son réseau international".

Devront être aussi développées les intégrations dans les grandes écoles d'enseignants-chercheurs universitaires, en particulier dans les écoles de commerce et de gestion , si l'on veut contrecarrer la concurrence, sur le terrain national, des "business schools" américaines.

Toutes les innovations susceptibles de faire tomber les préjugés, parfois encore tenaces de part et d'autre, et de participer au comblement progressif de la distance qui sépare les deux systèmes qui constituent


Formation


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