Capcampus
Pourquoi avoir choisi ce combat ?
Joël Kaigre
Mon parcours vous explique, en partie, mon attirance vers les causes difficiles. Au Liban et en Ex-Yougoslavie, j’ai été amené à côtoyer la mort du fait des mines antipersonnel. Cela m’a marqué pour toute ma vie. J’ai vu également les enfants se nourrir sur les décharges, dans différentes villes, abandonnés à eux et je trouve cela injuste, inadmissible et intolérable.
J’ai une profonde estime pour sœur Thérésa, l’abbé Pierre, le Père Pédro à Madagascar, les époux Marie-France et Christian Despallières au Cambodge… Combien de sourires ont-ils remis sur des visages ravinés par la souffrance ?
Capcampus
Quelles sont les actions que vous avez menées pour lutter contre les mines antipersonnel ?
Joël Kaigre
En tant que militaire, personnellement, notre bataillon a participé au déminage de Sarajevo (aéroport et alentours de Rajlovac), parc de la Bosna et le Mont Igman. En France j’ai dépollué les arsenaux de Rennes.Si je rajoute les démineurs de HAMAP, il n’y a pas un territoire sur lequel l’un des nôtres n’a pas œuvré.Avec HAMAP DEMINEURS, nos équipes ont permis de nettoyer le champ de mines du PK 24 de la presqu’île de Nouadhibou et du village de Tmeimichatt.
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Que diriez-vous à tous les citoyens qui n’ont pas encore pris conscience de ce fléau ?
Joël Kaigre
Il est difficile de porter un jugement sur des personnes qui ne sont pas sensibilisés à un fléau qui ne les touche pas intimement. Je leur dirai seulement d’imaginer des enfants jouant sur un terrain de foot sur lequel on a placé une dizaine de mines sans en connaître la position. Ils imagineraient vite le côté sournois et leur sentiment d’impuissance face à ces sentinelles éternelles qui sèmes la mort à tout moment.
Les mines c’est cela, mais plus encore, car s’ils savent que leur maison est entourée de semailles mortelles, leur liberté n’existe plus car ils ne peuvent plus bouger, plus cultiver, plus échanger, et c’est une autre mort qui les attend.Quoiqu’on fasse, les mines c’est la mort…
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Votre pire souvenir au sein d’Hamap ?
Joël Kaigre
D’avoir envoyé un de nos démineurs en Irak avec une autre ONG, et de l’avoir rapatrié quelques jours plus tard après qu’il eut laissé deux de ses camarades sur place, fauchés par une rafale de pistolet mitrailleur. Le coup de téléphone à son épouse a été très dur. J’ai craint beaucoup pour sa vie et je n’ai été rassuré, si je puis m’exprimer ainsi, qu’en apprenant son retour sur le sol de notre pays. Je garde en mémoire tous les morts et blessés, par mine, que j’ai rencontrés au cours de ma vie.
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Et le meilleur ?
Joël Kaigre
La poignée de main échangée entre notre président de la branche déminage et le maire de Tmeimichatt, une fois le village dépollué.
Mais j’ai beaucoup de bons souvenirs dus à l’amitié et la fraternité qui nous unit. La joie et le sourire que je lis sur les visages de mes missionnaires qui rentrent d’opération me pénètrent au plus profond de moi. C’est comme si j’avais vécu leur bonheur et leurs souvenirs.
Capcampus
Un dernier mot à nos lecteurs ?
Joël Kaigre
Aidez nous car nous avons besoin de toutes les énergies, les prières pour ceux qui ont la foi, les pensées pour ceux qui croient au pouvoir bénéfique de l’Homme, des réseaux influents pour nous aider à multiplier nos actions.
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