En cette période agitée où les jeunes au travers de leurs réactions
expriment une réelle attente de considération, Ipsos prend du recul
sur leur situation et vous apporte via son Observatoire Insight Jeunes
Attitudes des 15-30 ans une réflexion sur les paradoces de la
jeunesse d'aujourd'hui.
" Pessimistes pour la société, mais optimistes pour eux-mêmes "
Les paradoxes de la jeunesse française vus à travers Jeunes Attitudes
: L'observatoire Ipsos Insight des 15-30 ans
En cette période agitée où les étudiants investissent la Sorbonne pour
contester le CPE, prenons du recul sur leur situation et jugez par
vous même ...
Quand on les interroge sur l'avenir de la société française, et
l'actualité récente en est la manifestation évidente, rien ne va plus
: 71% se déclarent pessimistes et n'ont pas confiance dans l'évolution
de la situation économique en France dans les années à venir. Un
niveau de pessimisme supérieur à celui du reste de la population
(67%). Et un sentiment qui se nourrit de leur perception de la période
récente : 74% des 15-30 ans ont en effet le sentiment que les
inégalités sociales en France ont fortement augmenté au cours des
dernières années. ...
Mais quand on les interroge sur leur avenir, la réponse des 15-30 ans
en France est quasi unanime. 74% sont très ou plutôt confiants dans
leur avenir personnel. Les vrais pessimistes ne sont qu'une poignée :
3% en effet des 15-30 ans ne croient pas du tout en leur avenir.
D'ailleurs, ce n'est pas seulement le futur qui s'annonce rose pour
eux mais également le présent puisque 81% se disent tout à fait ou
plutôt satisfaits de leur vie jusqu'à maintenant.
Que se passe-t-il ? Il y a aujourd'hui en France un divorce entre leur
futur tel que le perçoivent les jeunes pour eux mêmes et celui de la
société. Situation paradoxale pour le moins : on peut donc être
pleinement confiant dans ses propres capacités et, simultanément, ne
pas croire dans celles de la société dans laquelle on vit.
C'est un des nouveaux paradoxes de notre société... Au sein des mêmes
individus prévaut une sorte de dissociation qu'on pourrait résumer
d'une formule : " pessimiste pour la société, optimiste pour soi-même ".
Peut-on vivre durablement dans la dissociation ? Le débat est ouvert.
On peut penser d'un côté qu'émerge, dans la jeune génération, la
conscience que la réussite passe d'abord par soi-même et qu'il faut
désormais se prendre en main, ne pas trop attendre des autres, des
institutions par exemple. Ainsi pourrait s'expliquer qu'en Europe ils
sont nettement moins enclins à penser que la réussite dans la vie est une affaire de chance :
seuls 27% des jeunes Français le pensent contre 42% des jeunes
britanniques, 42% des jeunes Allemands ou 34% des jeunes Espagnols
(source
: Jeunes Attitudes Europe 2006). On peut aussi pointer du doigt la
contradiction d'une société dans laquelle la jeune génération ne
conçoit plus son avenir comme devant nécessairement être lié à celui
de la société et de son économie. A l'évidence, les interprétations sont multiples.
Peut-être, tout simplement, que les jeunes regardent désormais vers
l'extérieur ? On pourrait le penser en effet à travers une indication
en particulier : seulement 28% ne se voient pas vivre à l'étranger. La
plupart, même s'ils ne passeront pas nécessairement à l'acte,
envisagent plutôt sereinement une éventuelle expatriation au cours de leur vie.
Néanmoins, une ambivalence se retrouve aussi dans l'attitude des
jeunes par rapport au monde extérieur. Si l'europessimisme n'est pas
de mise, l'avenir des relations entre les cultures semble plus
difficile. Ainsi seulement 17% des jeunes âgés de 15 à 30 ans pensent
que l'Europe, " cela ne marchera pas " (l'étude s'est déroulée en
octobre 2005, bien après le référendum du 29 mai). Le scepticisme à
l'endroit de l'Europe, même s'il augmente légèrement entre 2004 et
2005 (+3 points) est encore très largement minoritaire. Les jeunes
Français demeurent, dans leur grande majorité, des Européens
convaincus. En revanche, une majorité importante (75%) sont d'accord
pour dire que " quoiqu'il arrive, il y aura toujours des problèmes de
communication entre les cultures ". Le conflit des cultures est
aujourd'hui une réalité et rien ne laisse à penser à la jeune
génération qu'on puisse en venir à bout. Ce pessimisme " culturel "
vient nuancer sensiblement, là encore, leur optimisme personnel : la
globalisation aussi ne va pas dans le sens de leur pensée positive.
On note la même ambivalence dans le domaine de la consommation. D'un
côté, la jeunesse française se distingue en Europe par l'attrait
qu'exercent sur elle les idées alter mondialistes (de même que leurs
aînés du reste) : ils sont 40% contre 30% en moyenne dans le reste de
l'Europe à juger les mouvements anti-globalisation utiles (23% des
jeunes Allemands ou des jeunes Britanniques). Et ce chiffre ne cesse
de croître depuis 2003. C'est " l'exception française ". Une sympathie
qui va de pair avec une critique de la consommation : 66% trouvent
qu'il y a trop de produits superflus dans les magasins. Les jeunes
consommateurs éprouvent de plus en plus le besoin d'ajouter un " sens
" à leur consommation, aussi minime fût-il. Ainsi 47% ont-ils déjà
acheté un produit du commerce équitable. En même temps, autre
paradoxe, l'attrait pour la consommation ne se dément pas. 56% aiment
faire du shopping, surtout les plus jeunes et les femmes. L'attrait
pour la nouveauté et l'achat imprévu continue à réunir une majorité
des suffrages.
Et, signe des temps, 45% veulent consommer moins cher non pas pour
affronter les temps difficiles et la précarité, ou pour prendre ses
distances avec le système consumériste, mais pour acheter plus,
c'est-à-dire, pour consommer plus. En fait, si la sensibilité alter
mondialiste s'installe année après année, le coeur des militants
convaincus, reste stable (autour de 10%). Ce sont les sympathisants du
second cercle qui augmentent -les modérés. La consommation équitable
séduit, et c'est peut-être là que le lien avec la société pourrait se
faire dans les années qui viennent : dans ces petites actions liées à
la consommation qui changent (légèrement) les choses et permettent de
garder le moral au beau fixe... Il est trop tôt pour le dire. Comme
nous le disent les trends setters que nous interrogeons chaque année
dans notre étude sur les tendances émergentes, Trend Observer, peut
être sommes-nous en train de passer à une autre forme de démocratie et
que le salut ne viendra que des micro actions individuelles.