Restaurateur Audio : un métier pas comme les autres !

Interview de Jean Pierre BAMEULLE - Restaurateur Audio Pour conserver le patrimoine sonore de la famille ou restaurer ce vinyle qu'on aime tant, c'est à lui qu'on fait appel !

Publié le 05 juillet 2005

 

Capcampus
Pouvez-vous nous décrire en quoi consiste votre activité ?

Jean Pierre BAMEULLE
Mon activité est en fait orientée autour de deux aspects : Le premier est de restaurer, d’améliorer la qualité, et de transférer de la matière sonore issue de supports anciens tels que cylindres, 78 tours, vinyles 33 et 45 tours, bandes filaires et magnétiques, cassettes, etc. sur un support actuel tel que le CD Audio ou le DVD par exemple.

Le deuxième aspect consiste à cibler ce travail sur des documents sonores appartenant à des familles, des amicales, des associations, afin de, tel un ethnologue, maintenir en bon état de conservation et de lisibilité ces témoignages du passé. Il se peut également qu’un collectionneur de vinyles désire numériser et transférer sa collection sur CD Audio afin de pérenniser celle-ci.

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Quelle profession exerciez-vous auparavant, quel est votre parcours ?

Jean Pierre BAMEULLE
Après des études universitaires écourtées : étant pianiste je fréquentais plus les boites de jazz tard le soir que les amphis tôt dans la journée (exemple à ne pas suivre...), j’ai trouvé un poste d’assistant ingénieur du son dans un grand studio d’enregistrement parisien. Ensuite de nombreux postes d’ingé son défilent. Chez Vogue ou j’ai travaillé avec Martin Circus et Balavoine entre autres .Au château d’Hérouville où se sont succédés les groupes les plus connus du moment comme les Stones ou Led Zeppelin. Puis rencontre avec Gérard Manset concrétisée par l’ouverture d’un studio où à été produit le fameux « Il voyage en solitaire ».

Changement de direction brutal et je deviens réalisateur à Radio Monte Carlo, station périphérique de renom à l’époque. J’y travaille avec le journaliste Yves Mourousi quelques années auprès duquel j’apprends énormément.

A l’avènement des radios locales je quitte RMC et monte encore... un petit studio dans le Marais à Paris. C’est dans cet endroit que j’ai enregistré, numérisé et formaté les voix qui ont servi à l’élaboration du premier serveur vocal de consultation de compte bancaire ‘Vocalia » pour la Société Générale, tout un programme...

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Comment vous est venue l’idée d’exercer cette activité ?

Jean Pierre BAMEULLE
Je gravitais depuis quelques années dans le monde de l’informatique et, sous la pression de mon fils devenu entre-temps... ingénieur du son (!), je décide de créer une cellule de restauration sonore à l’usage des particuliers. De plus j’ai toujours été attiré par les techniques d’amélioration du son et la recherche industrielle qui s’y rattache. Je suis musicien et les notes sont des gouttes d’émotion qui doivent être restituées avec la meilleure fidélité possible quelque soit l’époque où elles ont été créées.

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Quel est l’intérêt d’un tel travail, votre motivation ?

Jean Pierre BAMEULLE
Ma motivation première est de préserver ce précieux patrimoine sonore que possède pratiquement chaque famille. Souvent ces personnes connaissent l’existence de ces documents mais n’ont aucune idée de ce qu’ils contiennent, et souvent, ne possèdent plus les machines permettant de les lire et de les décrypter. La grosse difficulté est que ces gens soit ne connaissent pas mon existence, soit ne savent pas à qui s’adresser. De mon côté je dois me faire connaître et il n’y a que la presse à grande diffusion qui peut m’aider. Encore faut-il les convaincre que mon activité puisse intéresser du monde, ce qui n’est pas toujours évident ! Heureusement, certains média commencent à considérer ma profession et à en comprendre l’intérêt ; la preuve vous m’avez contacté !

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Pour restaurer les sons, comment procédez-vous ?

Jean Pierre BAMEULLE
La première étape consiste à nettoyer le support original pour qu’il puisse restituer le signal sonore dans son intégralité avec la qualité maximum. Dans le cas d’un 78 tours ou d’un vinyle, il existe des machines conçues pour nettoyer ces disques. Une fois le support dénué de la majorité des corps étrangers, il reste encore les micros chocs mécaniques à traiter mais on peut maintenant le lire avec une machine adaptée à son format.

Pour un 78 tours par exemple, il faut utiliser une pointe de lecture conforme en dimension à la largeur du sillon qui a évolué dans le temps depuis les années 20 jusqu’à l’avènement des premiers microsillons 33 tours fin des années. Ensuite ce signal est numérisé pour permettre d’appliquer des traitements informatiques. En effet, numérisé, un son se traduit en chiffres (0 et 1), et il est très facile pour un ordinateur d’effectuer des opérations mathématiques très rapidement tels que l’application d’algorithmes en tout genre... Ces traitements servent à éliminer les bruits tels que craquements, clicks, grésillements de surface, bruits du fond inhérents à la matière même du support, etc. On obtient ainsi un fichier son nettoyé et de bien meilleure qualité que l’original. Une petit précision : L’informatique réfléchit peu : 20% pour l’ordinateur, 80% pour la matière grise du restaurateur... J’ajoute d’ailleurs que l’on trouve de plus en plus sur le marché des périphériques audio, des solutions peu onéreuses permettant de restaurer soi-même sur son ordinateur personnel, ses vinyles et autres K7. Beaucoup de ces valeureux restaurateurs en herbe pourtant remplis de bonnes intentions, viennent de plus en plus sonner à ma porte...

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Quels sont les supports qui peuvent être restaurés ? Et quel est le support final ?

Jean Pierre BAMEULLE
A partir du moment ou un support sonore peut être numérisé, il peut être restauré...

La majorité du temps, c’est le CD Audio qui est demandé, parfois le DVD qui permet de stocker plus d’information, le DAT pour certains, la K7 métal parfois pour sa qualité. Il est même arrivé qu’une personne « regrave » sur vinyle un 33 tours restauré !

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Combien de temps est nécessaire à une restauration ?

Jean Pierre BAMEULLE
Tout dépend de l’état de l’original et du degré de restauration que l’on veut obtenir.

Sur un extrait de 78 tours de 2 minutes je peux passer 4 minutes et sur un bruit récalcitrant de 3 secondes, une bonne heure...

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A qui s’adresse ce type de service ?

Jean Pierre BAMEULLE
De nombreuses maisons de disques et de producteurs qui publient des compilations d’artistes du début du 20eme siècle jusqu’aux années 60-70 (Yvette Guilbert, Dranem, Charles Trenet, Arletty, Maurice Chevalier, etc.), utilisent beaucoup le service de studios de restauration. Pour ma part, je m’adresse exclusivement aux particuliers, familles, amicales, associations.

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En moyenne, combien coûte une restauration ?

Jean Pierre BAMEULLE
M’adressant à des particuliers même pour un travail de qualité professionnel, je ne peux pratiquer les tarifs en vigueur dans le monde de la production institutionnelle. J’ai fixé un coût horaire de 30 euros/heure pour un transfert sans restauration et de 60 euros/heure avec restauration. Ce tarif ne s’applique pas à la durée du document à traiter mais au temps passé à le travailler. Une fois le document original entre mes mains, je l’écoute, l’analyse et je rends mes conclusions au propriétaire en lui proposant un éventail de possibilités lié au degré de restauration qu’il souhaite.

Capcampus
Existe-t-il des formations de restaurateur de son ?

Jean Pierre BAMEULLE
Un institut Parisien, présent également dans d’autres villes de province, l’ EICAR, orienté sur les métiers de l’audiovisuel propose dans le cadre d’une troisième année option son, des modules de formation autour de la restauration sonore. Deux autres établissements offrent également des services identiques : L’ASMA et L’ARGIL.

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Enfin, pouvez-vous nous dire quel est le son le plus original que vous ayez restauré ?

Jean Pierre BAMEULLE
Vaste dilemme ! Il y en a plusieurs mais je me rappelle d’un 78 tours de 1954 qui était le repiquage d’un enregistrement privé sur magnétophone portable à fil d’acier, Eh oui ! C’était un mariage à Casablanca ou tous les convives étaient interviewés un par un sur fond de musique orientale. Les voix étaient tellement couvertes par la musique que j’ai dû informer le commanditaire sur le choix que je devais faire : soit privilégier les voix, soit la musique !



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