En 2000, le Forum Mondial sur l'Education qui s’est tenu à Dakar déclarait qu'éduquer
dans les situations d'urgence et de crise était un défi pour ce siècle.
La semaine dernière, à Yaounde (Cameroun) le colloque "Éducation, Violences,
Conflits et Perspectives de Paix en Afrique" co-organisé par l’IRD a permis de mettre
en exergue l'impact des conflits et des guerres sur l'éducation en général et sur celle
des filles en particulier. Avec un objectif : renforcer le partenariat entre chercheurs,
ONG et décideurs politiques pour la conception et la mise en oeuvre des programmes
et des activités d'éducation à la citoyenneté et à la culture de la paix.
Depuis les années 90, rares sont les pays africains qui n'ont pas connu de violences, un conflit
armé ou une guerre. Cette situation contribue à fragiliser et même à compromettre l’éducation
des jeunes et par la même les perspectives de développement durable. En amont, voire en
dehors des situations de conflit, se pose la question des formes de violence en milieu scolaire ou
à l'encontre des enfants d'âge scolaire, qu'ils soient ou non à l'école. Celles-ci sont multiples :
recours à la violence physique de la part des enseignants (usage de la "chicotte"...) ; harcèlement
et abus sexuels à l'encontre des jeunes filles ; attitude négative d'enseignants ou contenu
même de certains enseignements négatifs vis à vis de certaines populations (le problème de la
représentation de "l'Autre", de "l'étranger", etc.). Par ailleurs, l'école elle-même est trop souvent
un bastion de violences entre étudiants, entre étudiants et enseignants, et entre étudiants et le
pouvoir en place qui recourt trop facilement à la répression armée. Ces violences sont certes le
résultat de frustrations vécues à l'école, mais sans doute aussi l'extériorisation de l'échec de
l'école à développer chez les apprenants une culture de la paix, à travers les programmes scolaires
et le comportement des enseignants. A cela s’ajoutent souvent des frustrations chez les
"exclus" du système que ce soit à la suite d’ échecs scolaires ou des difficultés d'accès au marché
du travail.
La Conférence mondiale de Jomtien en 1990 sur l'Education Pour Tous (EPT) avait recommandé
de tenir compte, entre autres choses, des "exclus" du système éducatif à la suite des conflits et
des guerres. Ces exclus, à savoir les réfugiés, les personnes déplacées par la guerre, les populations
sous occupation militaire, et les victimes des calamités naturelles, devraient bénéficier des
programmes spéciaux de scolarisation. La réunion mondiale de Amman sur l'EPT à mi-décennie
en avait tiré les leçons et insisté sur "l'éducation en situation d'urgence". A Dakar, en 2000, le
Forum Mondial sur l'Education concluait qu'éduquer dans les situations d'urgence et de crise était
un défi pour ce siècle. La question de "l'éducation à la paix", tant en terme de prévention que
d'appui à la réconciliation et à la reconstruction sociale post-conflit, constitue un enjeu éducatif
majeur pour les sociétés africaines.
Une quarantaine de communications, réparties en quatre thématiques, les violences en milieu
scolaire, l’école comme vecteur de violence, l’éducation en situation de conflit, l’éducation en
situation post conflit et l’éducation à la paix ont été présentées. Elles ont permis d’identifier les
formes, les causes et les facteurs favorisant des abus et violences à l'école, ainsi que leurs
conséquences scolaires.
En plus de la partie scientifique, ce colloque a permis de donner la parole à des enfants touchés
par des conflits, en partenariat avec l’ONG PLAN et de réunir chercheurs et décideurs du secteur
éducatif.