La Rédaction de CapcampusPlanète Ouverte : Edouard Tonnerre nous raconte son expérience en ChineEdouard Tonnerre, étudiant de troisième année à l'ISG, nous raconte son expérience à l'international.
"Alban, J'espère que tes derniers préparatifs se passent bien ? J'imagine que tu dois être un peu stressé à l'idée de partir pour six mois en Chine, comme je l'étais pour mon départ. C'est vrai qu'avant de partir, on rencontre quelques appréhensions et c'est normal. Se retrouver dans un pays dont on ne connaît ni la langue, ni la culture et ne pas savoir où on va vivre n'est pas une situation facile.
Pas de panique. Comme promis, je vais te faire un petit débriefing mensuel de mon séjour afin de faciliter ton immersion en Chine. Je vais donc d'abord te présenter l'aspect culturel du pays et plus particulièrement de la ville de Pékin. Alors Pékin... Fière de ses 16 800 km2 et de ses 20 millions d'habitants, cette ville chargée d'histoire est le siège de nombreux fantasmes. C'est en 1153 sous la dynastie des Jurchen que Pékin devient la première ville de l'Empire du Mmilieu. Mais c'est en 1421 que les Ming y transfèrent leur administration, consacrant définitivement Pékin, capitale de Chine. Nous sommes le 14 août 2012, 8 heures du matin. Je pose le pied, pour la première fois sur le continent Asiatique, et plus précisément en territoire Chinois. C'est à bord d'un taxi chargé de me conduire jusqu'à mon hôtel, dont l'adresse a été préalablement écrite en chinois, que je m'y aventure. Nous franchissons la "6th Circle Line" (équivalent du périphérique parisien), puis la "5th ..." enfin, c'est après un peu plus d'une heure de trajet que nous dépassons la "1st Circle Line", synonyme d'une arrivée imminente. Me voilà épuisé, certes, mais avant tout, trépignant d'impatience de découvrir ma ville d'accueil pour les 6 prochains mois. Je pars donc explorer cette vaste étendue inconnue et ce, au détriment des tâches administratives plus classiques, comme trouver un appartement par exemple...
Voilà maintenant un peu plus d'un mois que je suis en Chine ; je me suis intéressé à eux et j'ai appris à les connaitre, c'est certain, mais je me demande si je pourrais vraiment les comprendre un jour. Tout d'abord, il faut que tu saches qu'en Chine, volontarisme ou dynamisme utilisés à mauvais escient sont plutôt mal vus. Il vaut mieux, pour reprendre la traduction littérale d'expressions chinoises, «vaincre sans combattre» ou «progresser sans avancer». C'est d'ailleurs impressionnant de voir comme un pays peuplé de gens apparemment si lents, peut aller si vite. La façon de penser et d'agir des chinois et plus particulièrement des Pékinois est souvent aux antipodes de notre référentiel occidental, ce qui pourra parfois te faire perdre patience. Demande ton chemin à un chinois, sois sûr qu'il va t'indiquer la mauvaise direction. Essaie de prendre un taxi à une heure de pointe ou quand il pleut, tu risques d'attendre longtemps parce que les chauffeurs de taxi prendront toujours des chinois en priorité. Le délit de faciès, ils ne connaissent pas. Prend le métro à Dongzhimen à 18 heures, tu comprendras ce que l'expression « struggle for life » signifie. Tu vas te faire bousculer et frapper, tu vas bousculer et frapper, tu vas risquer ta vie pour avoir une place assise, tu vas être compressé au-delà de l'imaginable. Prends quelques minutes et observe les chinois qui passent autour de toi : ils sont excessivement lents, se promènent souvent le ventre à l'air, hurlent au lieu de parler, crachent et se raclent la gorge sans cesse, dansent de façon décomplexée au milieu des artères piétonnes. Installe toi dans un restaurant traditionnel chinois, tu remercieras le ciel pour les photos des plats sur le menu, tu apprendras à manger du poulet non désossé avec des baguettes, tu hallucineras devant les serpents, concombres de mer, langues de canard, pattes de poulet et autres plats traditionnels. Mon conseil est de rester calme et ouvert d'esprit en toute circonstance, autrement tu risques l'implosion nerveuse. Cependant, après quelques semaines, baigné dans une culture qui n'est pas la tienne, tu t'habitueras, j'en suis sûr, sans aucun problème à ce tableau peu reluisant au premier abord. Nos différences culturelles conduisent bien souvent à des quiproquos. Si tu t'attaches dans un taxi, le conducteur comprendra qu'il conduit mal et que tu ne te sens pas en sécurité avec lui. Si tu demandes directement un service à un chinois au travail sans lui avoir fait la conversation avant, il ne va pas du tout t'apprécier (expérience personnelle). Si tu te mouches en public ou que tu donnes/reçois une carte de visite à une main, ils vont penser que tu es malpoli. Si tu montres ton pouce et ton index en pensant commander deux Big Mac, détrompe-toi, tu viens en fait d'en demander huit. Les chinois se sentiront agressés par un « non » direct et catégorique à la française. Dans la langue chinoise, rien que le mot « non » n'existe pas en tant que tel. D'ailleurs, je te conseille fortement d'apprendre les rudiments du mandarin avant d'arriver. Parce que penser pouvoir se débrouiller avec l'anglais est une belle désillusion. Personne ici ne parle anglais, ils ne parlent d'ailleurs souvent pas le mandarin mais un dialecte Pékinois. Bien sûr, tu peux communiquer avec les mains, mais l'échange restera très rudimentaire. Sans compter que pour négocier, sport national chinois, le fait de parler la langue change bien souvent les choses. Ce ne sont que quelques exemples bien sûr, tu auras tout le loisir de découvrir d'autres différences culturelles par toi-même... Mais les chinois, ce n'est pas uniquement le « bling bling » à outrance et les coups de coude. Heureusement. Je vais donc terminer par une note positive, car il y en a bien une. J'ai réussi tant bien que mal à créer de vrais liens avec mes collègues chinois. Etant un des rares étrangers chez Microsoft, j'ai bien dû m'adapter à cet environnement. Après quelques jours passés sans qu'aucun chinois ne daigne me parler ou répondre à mes formules de politesse, mes voisins ont enfin fini par « m'accepter ». Je les apprécie de plus en plus chaque jour. Ils m'apprennent patiemment le mandarin, parlent des heures avec moi de politique, de musique, de sport, de culture, me ramènent des cadeaux de leurs business trips, m'invitent à déjeuner, me font goûter leurs thés, m'impriment des légendes chinoises... A entendre les autres stagiaires en Chine, construire quelque chose avec des chinois est rare. Le secret est finalement d'être persévérant et patient. Les chinois ont souvent besoin de temps avant d'intégrer quelqu'un dans leur cercle, ou Guanxi devrais-je dire, d'autant plus lorsqu'il s'agit d'un étranger. Je m'estime donc chanceux et continu de profiter de tout ce que ces rencontres particulières m'apportent. En ce qui concerne la vie quotidienne ici, il est surprenant de constater que Pékin, est une ville très sûre. Tu peux donc avoir le loisir de te balader a des heures indécentes sans pour autant risquer de te faire agresser. Au retour d'une soirée par exemple. Car Pékin regorge de restaurants, bars, boîtes en tous genres. Ami de la nuit, tu y trouveras forcément ton bonheur. Tu t'habitueras à être dévisagé au quotidien ; ce sera fait sans aucune discrétion, mais sans aucune méchanceté. Pourtant, tu peux parfois capter le regard sourd et réprobateur d'une sexagénaire qui te mettra instantanément mal à l'aise. Mais encore une fois, tu prendras du recul et apprendras à ne pas y faire trop attention. En fait, tu seras parfaitement tranquille dans ce pays si tu n'y cherches pas d'ennuis. Il serait d'ailleurs assez facile, mais vraiment dommage, de passer six mois ici en n'ayant aucun « vrai » contact avec des chinois puisqu'ils ne viendront pas spontanément te voir. J'en apprends énormément sur ce pays et sa culture au travail car je pose beaucoup de questions. Mes collègues prennent plaisir à y répondre, sûrement touchés de l'intérêt que je leur porte. Mais il faut savoir qu'ils ne me posent rarement de questions sur l'Occident en retour. Manque d'intérêt ou curiosité quasi nulle ? Je ne saurais dire. La philosophie ici se résumerait plutôt à : chacun est bien chez soi, ne nous mêlons pas des affaires des autres. Pour décrire cette relation locaux/étrangers, je choisirais au final trois mots qui se combinent d'une manière que tu ne pourras réellement cerner qu'une fois sur place : indifférence, rejet et fascination.
A bientôt,
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