Interview de FRANCOMANO, musicien, compositeur, interprète.
Capcampus:
Quelle est votre formation ?
Francomano:
Je viens d’une famille de musicien, mon père était musicien. J’ai commencé la musique à 6 ans, j’ai joué du violon,
du saxophone, de la guitare basse, du piano...et j’ai fait du solfège, j’ai joué dans des orchestres.
J’ai été formé au conservatoire mais aussi sur le tas. Avec mon frère, on allait jouer dans les orchestres de mon père.
On faisait l’animation de soirée, cela dès 14 ans.
On a joué au Petit Journal Montparnasse, où mon père joue encore actuellement.
Plus tard, j’ai quitté le conservatoire car ça ressemblait trop à l’école.
J’ai toujours été attiré par la chanson. Je trouve ça incroyable l’effet que donne de simples accords avec des paroles.
C’est de la magie. Souvent les musiciens se moquent du texte pourtant l’apport d’un texte sur une « mauvaise » musique
peut donner quelque chose de superbe.
Les textes nus de Brel ne sont pas littéraires, ils sont de style parler. Dans une chanson il répète « faut dire qu’elle
était belle, faut dire qu’elle était belle... », ce n’est pas formidable, les accords sont basique, sa voix n’est pas super,
mais l’alliance des deux en restant simple devient grandiose.
Capcampus:
D’où vous est venue l’idée de chanter Baudelaire ?
Francomano:
A 23 ans, on m’a offert, pour mon anniversaire,
Les Fleurs du mal de Baudelaire. J’étais dans l’impossibilité de le lire,
je trouvais ça particulièrement ennuyeux. Je me suis un peu forcé.
En lisant
Les Promesses d’un visage dans lequel il est écrit : « J’aime Ô pâle beauté... » J’ai entendu le son des églises
dans le « Ô ». J’ai pris ma guitare et j’ai trouvé un La. Ça a été mon premier poème en musique. Je l’ai chanté à mon
entourage. Les réactions, comme aujourd’hui sont diverses, mais pour moi c’est devenu indispensable de mettre ces poèmes
en musique. C’était plus que du plaisir.
Baudelaire c’est un déclic. Aujourd’hui Baudelaire c’est la moitié de mes textes.
Capcampus:
Comment caractérisez vous votre genre musical ?
Francomano:
Je ne sais pas trop. Tout ce que j’écris c’est mon passé de musicien qui ressort. C’est tout ce que j’ai « bouffé »
dans mon passé qui ressort. C’est comme la nourriture, des frères et sœurs peuvent manger ensemble pendant des années
la même chose sans qu’ils le vivent de la même façon.
Un poème si je n’arrive pas à le chanter ça n’a aucun intérêt. Pendant longtemps je n’ai connu de Baudelaire que les
textes que j’avais mis en musique.
J’ai reçu beaucoup de textes d’auteurs qui voulaient que je les mettent en musique. Baudelaire c’est différent, c’est
toujours bon ou excellent.
J’ai aussi des textes à moi, de poètes encore vivants, d’Aragon, Rimbault, Prévert...
Capcampus:
Qui est votre public ?
Francomano:
Il est hyper large. On s’attend toujours à voir des étudiants, des profs, des intellectuels. Il y en a bien sûr mais
il vient des gens plus simples, des ouvriers. Un jour, un couple est venue et l’homme m’a dit : « ma femme elle écoute
que Frédéric François ! ». À la fin du concert, sa femme était ravie.
Je me produis dans des bars, des restaurants, donc les gens viennent parce que c’est près de chez eux. Ils veulent
découvrir. Il y a aussi ma famille, des copains qui viennent. J’ai des amis hard rockeurs qui sont venus en couple,
au début les hommes faisaient la tête puis finalement ils sont repartis ravis.
J’ai également vu un groupe de rappeur, de 17-20 ans, ils ont été scotchés. Parfois il y a aussi des SDF, car ils se
mettent au chaud pour boire un coup et en même temps ils m’écoutent.
La personne la plus jeune qui soit venue de son plein gré, je me souviens, avait 14 ans. Et les plus âgées ont environ
70-75 ans. Il y a vraiment de tout. Mais je suis habitué majoritairement aux 20-40 ans.
Capcampus:
Avez-vous déjà sorti un disque ?
Francomano:
J’en ai sorti deux, autoproduits, mais ils sont épuisés. Et j’ai participé à une compilation d’un disque sur Baudelaire
par la maison de disque EPM (ancienne maison de disque de Léo Ferré) avec des titres de Léo Ferré, de Catherine Sauvage...
moi j’avais deux titres dessus.
Capcampus:
Parlez nous de la recherche d’un producteur :
Francomano:
Mon premier disque c’était comme une carte de visite pour rechercher un producteur. D’ailleurs j’ai envoyé ces deux
disques à EPM. Aujourd’hui je n’ai toujours pas de producteur.
Capcampus:
Avez-vous d’autres projets de concerts ou autres ?
Francomano:
Je compte sortir un disque de cinq titres en 2006. Dans celui – ci il n’y aura pas de textes de Baudelaire.
Sur scène j’aimerais bien avoir un petit orchestre mais ça coûte cher. Pour l’instant c’est piano et voix. J’ai eu
quelques propositions de mécénats mais pour l’instant ça n’a pas aboutit.
Après mon concert à l’Entrepôt le 6 décembre, je m’attacherai à travailler mon disque. Et j’irai à la pêche aux
subventions !
Puis j’aurais bientôt un site Internet : www.francomano.com
Capcampus:
Aurez vous envie de changer de style musical ?
Francomano:
Non, sur scène je présente à la fois des poèmes et des textes plus simples, de variété.
Capcampus:
Qu’auriez vous fait si vous n’aviez pas été musicien ?
Francomano:
Je ne sais pas, je n’ai pas eu de vie avant, j’ai commencé à 6 ans...enfin si j’aurai aimé être clown. A la télévision,
j’avais vu un clown qui jouait du violon, j’ai du assimiler que pour être clown il fallait faire du violon ! Acteur
aussi. La scène me plaisait déjà, « Taisez vous j’ai une histoire à raconter ! ».
Un des textes de Baudelaire raconte l’histoire d’un homme qui a tué sa femme, il faut l’imiter, c’est marrant. J’aime
bien ce côté théâtral.
Capcampus:
Qu’est ce que vous cherchez à faire passer comme message à votre public ?
Francomano:
Je voudrais lui amener la beauté, la vraie beauté. La poésie a toujours eu cette image de ringardise véhiculée par
tout le monde. Mais ce n’est pas ringard ! Baudelaire ne sera jamais ringard. J’ai envie de dire au gens qu’à moi ça
m’a plut, je vais vous donner ce que j’ai ressenti ! Quelqu’un qui, comme moi, ne voudrait pas lire Baudelaire, il vient
et je lui sert sur un plateau, il n’a qu’à écouter.
Je suis en train d’écrire une chanson qui parle d’un chanteur qui courre après le succès et qui se demande comment faire
Il applique la mauvaise démarche de faire comme tout le monde. Souvent on m’a dit « mais pour quoi tu fais pas comme
untel
pour passer à la télé ? ».
Cette chanson je la fini en disant « La France adore Baudelaire mais tout au fond de son cimetière ». Je crois qu’il
y a une volonté des médias et des gens qui gouvernent ce pays à ne pas élever, éduquer les gens. Ferré est le chanteur
avec le plus gros répertoire, pourtant il n’y a que trois chanson qui passent à la radio. On n’entend pas ces textes
de Baudelaire, Rimbault, Aragon... Ils n’ont pas l’habitude d’entendre ça.
Tous nos remerciements à Francomano.
Caroline Robert.