Interview de Joel Kaigre


Le président de l'ONG HAMAP (Halte aux Mines Antipersonnel) a accepté de répondre à nos questions sur Capcampus !

Capcampus

Pouvez-vous nous présenter HAMAP en quelques mots ?

Joël Kaigre

HAMAP est la seule ONG, purement française, à caractère exclusif de bienfaisance, travaillant dans le secteur de la lutte anti-mines, mais aussi, de façon plus large, dans celui de l'aide au développement, de la solidarité internationale et de la promotion de la paix (création de mesures de confiance). Créée en 1999, elle a installé son siège en Ile-de-France (Paris et bureaux à Alfortville), et des antennes en Mauritanie, en Guinée, au Gabon, au Maroc, à Madagascar, au Liban, en Bosnie, en Chine, au Cambodge, en Espagne, au Royaume-Uni, en Allemagne…

Tout particulièrement dynamique, elle agit dans les principaux domaines très diversifiés suivants:

- déminage humanitaire,
- dépollution des terrains et destruction des engins non explosés,
- sensibilisation des adultes et des enfants au danger des mines,
- assistance médicale mobile de campagne,
- adduction d'eau,
- construction d'écoles et d'hôpitaux,
- création et gestion de camps de réfugiés et de casques bleus,
- sécurité alimentaire (fermes de spiruline) et ensemencement (potagers tropicaux),
- sécurisation des populations fragilisées dans des zones à risque (en projet).

Afin de pouvoir répondre à des demandes très variées, HAMAP comprend 5 Départements : - HAMAP DEMINEURS (Lutte anti-mine), - HAMAP INGENIERIE (construction d'abris, de camps et accès à l'eau), - HAMAP SANTE (soutien médical mobile de campagne, dispensaires), - HAMAP SECURITE (sécurité des victimes, physique et alimentaire), - HAMAP FORMATION (risque des mines et BASM, sensibilisation, instruction).

HAMAP intervient sur des programmes qu'elle finance essentiellement sur ses fonds propres. Ses activités couvrent la totalité des actions : sensibilisation, prévention, information, formation des personnels locaux, formation à distance par Internet, encadrement, assistance technique, fourniture d'équipements (protection civile, pompiers, médicaments, moustiquaires ...), ingénierie, construction d'abris temporaires, assistance aux victimes, aide à la reconversion (culture potagère et vivrière tropicale), etc.

HAMAP bénéficie notamment, du support moral de certaines institutions françaises, d'un vaste réseau relationnel, d'une stratégie de partenariat et surtout de la participation active de ses 1000 membres bénévoles, bienfaiteurs et sympathisants. Elle fait partie du Comité de Liaison de l'Action Anti-Mine du Ministère français des affaires étrangères (CLAM). Accréditée comme prestataire et fournisseur officiel des Nations Unies, elle est en cours d’habilitation par le département Paix et Droits de l’Homme de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF).

Grâce à une politique très proactive et particulièrement réactive, HAMAP tente d'étoffer matériellement et financièrement sa situation pour lui permettre de répondre à des programmes humanitaires un peu plus importants, en liaison avec d’autres ONG ou associations qui partagent l’éthique de HAMAP, tout en restant relativement modestes et à sa portée.

Capcampus

Quel est votre rôle au sein de l’ONG ?

Joël Kaigre

Depuis 1999, je suis le président fondateur de cette ONG. Mon rôle consiste à coordonner nos actions, choisir les dossiers, en équipe, qui semblent s’inscrire dans notre mission et notre éthique, créer des synergies avec d’autres ONG ou associations, démarcher les sponsors, monter des actions avec nos présidents de branche et de région pour récupérer des fonds qui permettront de financer nos opérations.

Capcampus

Quel a été votre parcours ?

Joël Kaigre

Éducateur à la base concernant l’enfance handicapée et délinquante, puis militaire (génie combat), puis ingénieur architecte pour la défense, j’ai été alternativement combattant sur le terrain et constructeur. J’ai fini comme inspecteur du travail dans les armées. Toute ma vie a été consacrée aux hommes et au terrain opérationnel.


Suite de l'interview

Suite de l'interview

Capcampus

Pourquoi avoir choisi ce combat ?

Joël Kaigre

Mon parcours vous explique, en partie, mon attirance vers les causes difficiles. Au Liban et en Ex-Yougoslavie, j’ai été amené à côtoyer la mort du fait des mines antipersonnel. Cela m’a marqué pour toute ma vie. J’ai vu également les enfants se nourrir sur les décharges, dans différentes villes, abandonnés à eux et je trouve cela injuste, inadmissible et intolérable. J’ai une profonde estime pour sœur Thérésa, l’abbé Pierre, le Père Pédro à Madagascar, les époux Marie-France et Christian Despallières au Cambodge… Combien de sourires ont-ils remis sur des visages ravinés par la souffrance ?

Capcampus

Quelles sont les actions que vous avez menées pour lutter contre les mines antipersonnel ?

Joël Kaigre

En tant que militaire, personnellement, notre bataillon a participé au déminage de Sarajevo (aéroport et alentours de Rajlovac), parc de la Bosna et le Mont Igman. En France j’ai dépollué les arsenaux de Rennes.Si je rajoute les démineurs de HAMAP, il n’y a pas un territoire sur lequel l’un des nôtres n’a pas œuvré.Avec HAMAP DEMINEURS, nos équipes ont permis de nettoyer le champ de mines du PK 24 de la presqu’île de Nouadhibou et du village de Tmeimichatt.

Capcampus

Que diriez-vous à tous les citoyens qui n’ont pas encore pris conscience de ce fléau ?

Joël Kaigre

Il est difficile de porter un jugement sur des personnes qui ne sont pas sensibilisés à un fléau qui ne les touche pas intimement. Je leur dirai seulement d’imaginer des enfants jouant sur un terrain de foot sur lequel on a placé une dizaine de mines sans en connaître la position. Ils imagineraient vite le côté sournois et leur sentiment d’impuissance face à ces sentinelles éternelles qui sèmes la mort à tout moment. Les mines c’est cela, mais plus encore, car s’ils savent que leur maison est entourée de semailles mortelles, leur liberté n’existe plus car ils ne peuvent plus bouger, plus cultiver, plus échanger, et c’est une autre mort qui les attend.Quoiqu’on fasse, les mines c’est la mort…

Capcampus

Votre pire souvenir au sein d’Hamap ?

Joël Kaigre

D’avoir envoyé un de nos démineurs en Irak avec une autre ONG, et de l’avoir rapatrié quelques jours plus tard après qu’il eut laissé deux de ses camarades sur place, fauchés par une rafale de pistolet mitrailleur. Le coup de téléphone à son épouse a été très dur. J’ai craint beaucoup pour sa vie et je n’ai été rassuré, si je puis m’exprimer ainsi, qu’en apprenant son retour sur le sol de notre pays. Je garde en mémoire tous les morts et blessés, par mine, que j’ai rencontrés au cours de ma vie.

Capcampus

Et le meilleur ?

Joël Kaigre

La poignée de main échangée entre notre président de la branche déminage et le maire de Tmeimichatt, une fois le village dépollué. Mais j’ai beaucoup de bons souvenirs dus à l’amitié et la fraternité qui nous unit. La joie et le sourire que je lis sur les visages de mes missionnaires qui rentrent d’opération me pénètrent au plus profond de moi. C’est comme si j’avais vécu leur bonheur et leurs souvenirs.

Capcampus

Un dernier mot à nos lecteurs ?

Joël Kaigre

Aidez nous car nous avons besoin de toutes les énergies, les prières pour ceux qui ont la foi, les pensées pour ceux qui croient au pouvoir bénéfique de l’Homme, des réseaux influents pour nous aider à multiplier nos actions.


En savoir plus Publié le 04 juin 2008

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