Trafic d'enfant et adoption

Un réseau d'adoption illégale à Madagascar, à destination de la France

Publié le 12 mai 2004

AMADEA, ONG fondée en 1986, Organisme Autorisé pour l’Adoption (OAA) habilité pour Madagascar depuis 1990 et membre de la Fédération française des OAA (FOAA), s’est trouvé confronté et attaqué de front par de ce qui semble être un réseau d’adoption illégale dans la région de Toamasina (Tamatave) à Madagascar.
L’œuvre d’adoption française a signé une convention de partenariat avec le centre Nomena qui recueille des enfants abandonnés sur cette partie de l’Ile.
Nôry, petite fille de 2 ans et demi fait partie de ces enfants et son jugement d’adoption par une famille française est prononcé le 5/11/2003. Il ne sera notifié que 2,5 mois plus tard (délai de recours légal : un mois).

En janvier 2004, une filière illégale, orchestrée selon toute vraisemblance par un couple de restaurateur franco-malgache voisin de l’institution d’enfants, arrive sur le devant de la scène. L’homme, Mr A A, juriste malgache, est un personnage politique ambitieux, sa compagne, Mme F C, est française. Ils s'occupent ensemble de la gestion d'un hôtel situé à quelques centaines de mètres du centre. Sans qu’il soit possible d’identifier l’origine de la rumeur, beaucoup à Mahambo pensent qu’ils sont les responsables du centre. Se faisant passer frauduleusement pour une proche d’Amadea, il n’a donc pas été difficile à Madame de faire visiter le centre par des candidats à la recherche d’enfants à adopter.
Depuis quelques mois, en fait depuis la campagne électorale pour les communales, l’Association malgache qui gère le centre était opposée à son ancien directeur démis de ses fonctions suite à des insuffisances graves, occupé qu’il était à mener la campagne électorale de Monsieur A.A . L’ancien directeur éconduit n’a alors eu de cesse de déposer des plaintes contre le personnel et les responsables de l’association malgache en évoquant notamment des maltraitances à l’encontre des enfants (alors qu’il en était à l’époque des faits qu’il dénonçait, lui-même le premier responsable local !). Cette mise à pied a fait l'objet d'une convention signée par les 2 parties le 6 nov 03.
La campagne de dénigrement sur le thème de la maltraitance des enfants s’est intensifiée contre le Centre d’accueil et une pression est exercée sur les parents biologiques, avec signature abusive de papiers, pour qu’ils retirent leurs enfants.
Malgré l’existence d’un jugement sur le fond pour l’adoption, l'ancien directeur et le couple obtiennent (de quelle façon ?) une ordonnance du juge des enfants pour donner la garde de Nôry au père biologique. Ordonnance qui est rapidement rétractée par le juge lorsqu’elle apprend l’existence du jugement d’adoption.
Cette ordonnance ne pourra jamais être exécutée car Nôry a disparu: plaintes ont alors été déposées pour non-présentation d’enfant, enlèvement et séquestration.
Les démarches effectuées pour faire appliquer la loi demeurent vaines. Il semble qu’à tous les niveaux, on ait peur de Monsieur AA., qui déclare par ailleurs qu’il ne craint rien car à tous les niveaux de la justice se trouve un A.
Monsieur A est présent à tous les moments de la procédure, chez les gendarmes, au tribunal en s’auto-déclarant conseiller juridique du père biologique et effectivement, l’impression générale est que l’enquête piétine.

On découvre alors que la petite Nory est destinée à un couple français expatrié à la Réunion, donc en France, et qu’un visa a été demandé pour son acheminement sous un motif d’évacuation sanitaire, avec papiers à l’appui. (Une enquête judiciaire est ouverte à la Réunion).

Bien entendu d'importants échanges pécuniaires justifieraient que ce processus aboutisse, d’autant que le même stratagème était en cours pour tous les autres enfants du centre.

Relater tous les événements prendrait trop de temps tant l’histoire semble rocambolesque.

Où en sommes-nous aujourd’hui ?
Nory est enfin arrivée dans sa famille adoptive légale le 13/03 au soir, 4 mois après le jugement.
Six autres enfants sont arrivés le 15/03.
Les derniers enfants ont été déplacés par mesure de sauvegarde dans un centre de l’association malgache situé dans une autre province. Mais une plainte pour détournement d’enfants, faux et usage de faux, a été alors déposée contre l’association. Les responsables ont été accusés et les enfants mis en placement judiciaire en attendant la régularisation de la situation administrative et judiciaire. En effet le couple AA –FC maintient la version suivante des faits : « Les enfants du centre sont tous maltraités. Le père de Nory a donc voulu la reprendre pour la faire soigner et s’opposer à son adoption. » Les preuves contraires qui résident dans le certificat médical - faux ou de complaisance- ayant servi à la demande de visa et l’audition de la famille qui devait recevoir l’enfant à la Réunion se trouvaient en France et l’association n’a pas pu les produire immédiatement.

AMADEA s’est constitué partie civile pour pouvoir lever les graves accusations portées contre ses collaborateurs et partenaires, apporter la preuve des pratiques délictueuses et porter au grand jour des filières illégales d’adoption avec pressions sur les familles biologiques voire rapts d’enfants.

Tous les OAA habilités pour Madagascar, sans exception, sont confrontés depuis un certain temps à des conditions de travail difficiles voire hostiles et des indices leur laissent penser que des intérêts financiers inavouables en sont à l’origine.

L’ « affaire Nory » nous met cette fois en présence d’une réalité très précise qui nous éclaire mais qui suscite aussi beaucoup d’interrogations. Notamment celle-ci : Madagascar est-elle en passe de devenir le nouveau Viet-Nam de l’adoption, zone de non-droit où les enfants deviennent la marchandise d’un juteux trafic ?


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