Festival du Tatouage

les 6 et 7 juillet 2013, à Chaudes-Aigues (15) sera l’occasion de côtoyer 140 des plus grands tatoueurs mondiaux

Publié le 25 juin 2013
Festival du Tatouage

Des séances de tatouage s’enchaîneront sur le site de la convention. Mais, pour préserver un esprit familial, les animations programmées par Stéphane Chaudesaigues, initiateur de ce premier Cantal In’k the Skin*, s’adapteront à tous les publics, du rock à l’effeuillage burlesque en passant par la mode vintage, les troupes tahitiennes, les produits de terroir ou l’homme tatoué. La famille Chaudesaigues avait déjà témoigné de son sens aigu de l’humour et de l’autodérision en mobilisant, sur l’affiche du festival, Gaston, célèbre égérie de la marque Auvergnat Cola. Pour le programme OFF du Festival du Tatouage, c’est un autre chef de tribu gauloise qui s’est vu solliciter.


*Le Cantal, on l’a dans la peau

Festival OFF, maître d’œuvre : Cochonix


Les eaux chaudes de Chaudes-Aigues atteignent naturellement 82°. Pendant des siècles, elles étaient réputées, entre autres, auprès des bouchers cantaliens qui les utilisaient pour ébouillanter les cochons, racler les poils et préparer ainsi cette viande qui était souvent la base de l’alimentation.
Quand son pote, Stéphane, l’a appelé pour lui demander un coup de main, le sang bouillonnant de Cochonix n’a fait qu’un tour. Car si Stéphane lui a tatoué sur le ventre, il y a bien longtemps, « Mort aux tripiers », c’est bien pour faire éclater à la face du monde son combat permanent. Adepte du self défense et de la musculation, Cochonix a déjoué toutes les attaques bouchères depuis des années. Et il s’est juré de n’être jamais épilé à l’eau bouillante…même en venant à Chaudes-Aigues ! Prêt à s’investir sur ce Festival du Tatouage, il a absolument voulu programmer le OFF. Mais un autre sujet lui tenait aussi aux tripes : la gestion des déchets. Car Cochonix est un cochon propre et respectueux. Biker convaincu, il est toujours attentif à inciter au respect et à la prudence. Amoureux de ce magnifique territoire auvergnat, il voulait y apposer sa patte. Toutes les buvettes du Festival seront donc exclusivement dotées de gobelets consignés, à son effigie. Et Cochonix veillera tout particulièrement à la gestion des déchets. Qu’on se le dise, il ne fera pas bon se débarrasser de ses détritus sur la voie publique à Chaudes-Aigues !

Un Festival du Tatouage en Auvergne ou comment bousculer les idées préconçues

  • Le tatouage, enfin reconnu comme un art ?


Une consécration ? Non, tant le chemin semble long, encore pour une pleine reconnaissance d’un certain type de tatouage comme pratique artistique. Pourtant, la décision prise par les Beaux-Arts de Sète d’organiser un stage d’initiation autour du tatouage et de sa culture a sonné une petite révolution en ce qu’elle signe pour la première fois en France une reconnaissance institutionnelle de l’art corporel comme un art à part entière. Une belle réussite qui s’est tenue le dimanche 26 mai, chaperonnée par Mayliss, la fille de l’artiste Lukas Zpira et étudiante aux Beaux-Arts de Sète. En plein débat sur le statut des tatoueurs, c’est aussi l’occasion de revenir aux fondamentaux de l’art corporel et de faire le point sur la perception du tatouage dans la société française.

  • Le tatouage, transgression du sacré


Prenons un peu de recul. Né dans les confins de la Polynésie et, presque au même moment, en Asie du Sud-Est, le tatouage a toujours détenu une dimension mystique. On se tatouait pour marquer son appartenance à une tribu, à un groupe, ou pour communiquer avec les cieux divins. Alors qu’apposés sur les murs des grottes, les motifs et dessins de scènes quotidiennes ont très vite été considérés par les historiens contemporains comme des marques d’un art dont on a compris que les origines remontaient à la nuit des temps, le tatouage a toujours été délibérément ignoré de l’histoire de l’art. Comment comprendre cette distinction ? Pour Lukas Zpira, cela ne fait aucun doute : « L'histoire, que je ne réécrirai pas ici, a toujours donné au corps une place à part en le rattachant au divin. Les dogmes sur lesquels fut bâtie notre éducation en ont fait un temple sacré. Tout acte marque une transgression que seul osent entreprendre ceux qui ne croient plus en rien, mettant de facto la pratique dans la catégorie du socialement inacceptable. Ce n'est que de par la désacralisation récente du corps que celui-ci se fit le médium d'artistes de plus en plus nombreux, dont le talent ne peut plus être ignoré, redonnant peu à peu aux tatouages et autres pratiques corporelles la place qui leur revient de droit».


Le peu de considération accordé aux tatoueurs et aux tatoués pendant une large partie du XX° siècle découle directement de là. Il consiste à minorer les choix esthétiques et culturels de ceux dont le corpus de valeurs ne correspond a priori pas à la norme socialement dominante. Un phénomène qui pose évidemment question à l’heure où, dix pour cents des Français avouant porter un tatouage, le regard que l’on peut porter sur cette pratique est en train de changer radicalement. Au-delà même de l’approbation que l’on peut lui accorder ou non, il s’agit de regarder l’art corporel sans préjugés, de le considérer comme ce qu’il est. Et, en dépit de la nécessaire prestation de service à laquelle se livrent les tatoueurs, force est de constater qu’un certain nombre d’entre eux réalisent de véritables œuvres d’art sur la peau de leurs clients – œuvres d’art par essence éphémères, comme la vie, et qui remettent en perspective la notion même d’art telle qu’on nous l’a transmise.

  • Une technique exigeante comme dans toute forme artistique


Comme toute forme artistique, le tatouage requiert un bagage technique dont les artistes repoussent sans arrêt les limites. La multiplication des tatoueurs et des techniques de tatouage a permis à l’art corporel de se dépasser au cours des quarante dernières années, créant de vraies écoles stylistiques distinguées tant sur des éléments visuels que sur des savoirs faires, comme ce fut le cas avec la peinture à partir du XIX° siècle. C’est précisément cette partie technique qui a intéressé la direction des Beaux-Arts de Sète, à travers le professeur de Mayliss, Sylvette Ardoino, et son directeur Philippe Saulle. Un stage destiné aux enfants et aux adolescents pour se familiariser avec la technique du tatouage et mieux connaître cette pratique puisqu’une histoire du tatouage de plus de quatre heures y a été délivrée aux inscrits.
Ce choix de porter son regard sur les enfants n’est pas anodin. Il est aussi une manière de transmettre aux jeunes générations un son de cloche différent de ce qu’ils peuvent avoir l’habitude d’entendre. Lukas Zpira le précise : «Les enfants jugent avec leurs cœurs, de façon instinctive, sans passer par le prisme des a priori. Ils aiment le tatouage. Ce n'est que plus tard, souvent à travers le jugement des adultes, qu'ils perçoivent les portées sociales et culturelles qu'engendre le fait de marquer à jamais un corps devenu notre principale interface avec le monde qui nous entoure. Mayliss a toujours grandi au milieu de gens tatoués. La première personne qu'elle a vue en venant au monde c'était moi, ça ne l'a pas choqué. Elle est depuis un témoin privilégié de notre histoire, de sa logique et de ses paradoxes. Elle aime comprendre, échanger, expliquer... je ne dis pas ça sans une certaine fierté. Il n'y a pas si longtemps, certains se demandaient comment des gens comme nous pouvaient oser avoir des enfants».

  • Et après ? 


Ce stage est un premier pas qui va dans le bon sens et la preuve que le regard porté par les gens sur le tatouage n’est pas figé. Mais c’est aussi porteur d’espoir pour tous ceux qui souhaiteraient un jour voir leur métier considéré à la hauteur de ses ambitions ainsi que pour tous les parents tatoués qui souffrent parfois du regard ignorant des autres. Cette initiative n’est pas isolée et participe aussi à une meilleure connaissance du tatouage, de son milieu, de son histoire, en dehors des sentiers balisés par les a priori. L’objectif désormais sera de permettre plus souvent à des stages de ce type d’avoir lieu et de continuer à effectuer un travail de pédagogie que de nombreux tatoueurs ont entamé depuis plusieurs années pour mieux faire connaître leur art et valoir leurs droits. 


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