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12ème édition du Baromètre Expectra des salaires cadres

Sur fond de conjoncture à l’arrêt, timide progression du salaire des cadres : + 0,9 % par rapport à 2013

Publié le 01 septembre 2014

Les cadres ont vu leur rémunération augmenter de 0,9 % cette année par rapport à 2013, selon la 12ème édition du Baromètre Expectra, une étude basée sur les salaires réels extraits de 68 800 fiches de paie. Cette hausse, bien que modeste, est supérieure à celle enregistrée l'an passé (+ 0,5 %). Elle témoigne cependant d'une politique salariale empreinte de prudence, toujours à la peine sous le double coup d'une croissance atone et d'un chômage qui ne recule pas. Ainsi, selon les dernières prévisions - révisées à la baisse -, le PIB ne devrait croître en 2014 que de 0,5 %. Dans ce contexte, la modération salariale reste de rigueur. Preuve supplémentaire du manque d'entrain des salaires cadres, les disparités sectorielles se resserrent. Moins d'un point sépare la filière RH & Juridique, la mieux revalorisée avec une hausse de 1,51 %, de la filière Informatique & Télécoms, créditée de la plus faible augmentation constatée en 2014, avec + 0,7 % seulement. En 2013, cet écart était deux fois plus important.

« En 2014, la fiche de paie des cadres affiche une revalorisation supérieure à celle enregistrée un an plus tôt. Ce signal, certes positif, doit toutefois être nuancé. D'une part, la hausse de salaire est faible : + 0,9 %. D'autre part, elle s'inscrit dans un environnement économique hexagonal privé de moteur où la croissance, de ce fait, ne décolle pas. Cette méforme entretient en outre l'inertie de l'inflation qui, à son tour, freine l'évolution des salaires. Ainsi, grandes entreprises et PME n'ont souvent d'autre choix que d'adopter des politiques salariales prudentes, marquées du sceau de la maîtrise des coûts. Les salaires des cadres ne devraient retrouver vigueur et dynamisme qu'à la faveur d'un retour de la croissance », déclare Didier Gaillard, directeur général d'Expectra.

Les salaires des cadres aux prises avec une croissance atone

En hausse de 0,9 % sur un an, les salaires des cadres affichent en 2014 une progression pour le moins modérée.

Comment l'expliquer ? Plusieurs facteurs rentrent en ligne de compte.

  • Le premier d'entre eux est la conjoncture. Dans une note publiée en juin, l'Insee notait que « la croissance [revenait] mais ne [décollait] pas »[1]. L'évolution du PIB au deuxième trimestre ne dément pas ce constat, confortant au contraire le diagnostic d'une économie à l'arrêt. De janvier à juin, la France a ainsi enchaîné deux trimestres de croissance nulle (+ 0,0 %). Un sur-place qui rend caduc les espoirs d'une croissance à 1 % sur l'ensemble de l'année - les pouvoirs publics tablent désormais sur une hausse du PIB « de l'ordre de 0,5 % ». Les causes de cet immobilisme sont bien connues. Selon l'institut de statistique, au deuxième trimestre, les traditionnels moteurs de la création de richesse française ont manqué à l'appel. Affichant des progressions étales (+ 0 % pour les exportations) ou accusant un nouveau repli (- 0,8 % pour l'investissement des entreprises). Logiquement, ce tableau contrasté illustre aussi la mauvaise passe que traversent des secteurs essentiels à la bonne marche de l'économie. La production industrielle au deuxième trimestre a ainsi reculé de 0,5 % sur un an. Tandis que, dans le BTP, le climat des affaires a atteint en juillet son plus bas niveau depuis mi-2009. Ce contexte ne peut qu'inciter les employeurs à jouer, cette année encore, la carte de la modération salariale.

  • Deuxième facteur d'explication : les effets sur l'emploi de cette conjoncture moribonde. Sans surprise, l'Insee estime que « la faiblesse de la croissance en France ne permet pas d'anticiper de franche amélioration sur le front de l'emploi »[2]. Résultat, le taux de chômage devrait augmenter « légèrement d'ici la fin de l'année, à 10,2 % sur l'ensemble de la France ». Une prévision que semble conforter la destruction, au premier semestre, de 6 400 emplois dans le secteur marchand. Cette toile de fond, naturellement, est défavorable aux salariés - cadres ou pas - qui voient leur pouvoir de négociation salariale réduit face aux employeurs.

  • Autre cause, l'inflation. L'indice des prix à la consommation n'a cru en juillet que de 0,5 % sur un an. Cette augmentation, inférieure à la progression du salaire des cadres, signifie un léger gain de pouvoir d'achat pour ces derniers. Une bonne nouvelle ? Pas si sûr. Depuis 2013, où l'inflation en France a atteint 0,9 % en moyenne annuelle, les prix évoluent au ralenti - loin des 2 % visés par la Banque centrale européenne. Cette situation, reflet d'une croissance en panne, prive en quelque sorte les salaires de carburant : en période d'inflation basse, la part de l'augmentation de salaire qui répercute la hausse des prix est mécaniquement réduite.

  • Il est possible d'ajouter à cette liste non exhaustive les gains de productivité. La recherche de gains de productivité est l'un des principaux relais de croissance pour les entreprises. En France, faute de pouvoir s'appuyer sur une conjoncture dynamique, les entreprises sont contraintes d'actionner d'autres leviers pour préserver leur compétitivité. L'un d'eux consiste en une revalorisation salariale limitée. En effet, si les salaires augmentent plus vite que la productivité, les marges des entreprises se détériorent. Or, c'est précisément la situation que connaît l'Hexagone depuis 2009, comme le rappelle une note du CAE[3]. Dans ce contexte, la faible revalorisation des salaires cadres peut se lire comme une réponse à la divergence salaire / productivité et, in fine, comme un moyen de regagner un peu de compétitivité.

[1] http://www.insee.fr/fr/indicateurs/analys_conj/archives/GardeVueb_062014.pdf

[2] http://www.insee.fr/fr/indicateurs/analys_conj/archives/GardeVueb_062014.pdf

[3] http://www.cae-eco.fr/IMG/pdf/cae-note005.pdf


Les 10 meilleures progressions de salaire au plan national

Alors qu’en 2013 les ingénieurs de la filière IT (Informatique & Télécoms) s’arrogeaient les trois premières places, le classement 2014 laisse la place à un podium hétérogène. Trois qualifications issues de secteurs différents occupent le trio de tête des plus fortes hausses de salaires chez les cadres : le commerce (chef de produit f/h, + 5,6 %), la comptabilité (responsable comptabilité f/h, + 4,5 %) et l’industrie (ingénieur méthodes f/h, + 3,8 %). Au demeurant, l’ensemble des filières est bien représenté dans le Top 10, aucune d’entre elles ne sortant particulièrement du lot.

Malgré la diversité des métiers représentés, il est toutefois possible de distinguer un fil rouge dans ce classement, qui dit les priorités et les contraintes des employeurs. Les métiers les mieux revalorisés (tels que chef de produit f/h et chargé d’affaires f/h) signalent en effet la volonté des entreprises de maximiser leur portefeuille existant en appui, par exemple, sur des efforts accrus de remarketing ou de vente. Et ce faute d’avoir, le plus souvent, les marges de manœuvre financières pour développer de nouveaux services et/ou produits.

[1] Salaire annuel brut exprimé en euros. Le salaire médian, à ne pas confondre avec le salaire moyen, divise la population en deux parts égales : l’une gagne moins, l’autre gagne plus.



Les secteurs passés au crible