Les études de médecine en Belgique, comment ça marche ?

Interview de Jérôme LECHIEN, Président du Conseil de la Jeunesse

Publié le 14 octobre 2014
Les études de médecine en Belgique, comment ça marche ?

La Rédaction

Pouvez-vous nous présenter le Conseil de la Jeunesse et son rôle en Belgique ?

Jérôme LECHIEN

Le Conseil de la Jeunesse est l'organe officiel de représentation des 400.000 jeunes de la Fédération Wallonie-Bruxelles âgés de 16 à 30 ans.
Nous défendons la jeunesse, portons sa voix aux politiques, remettons des avis spontanés ou sur demande du politique pour impacter directement sur les décisions politiques impliquant la jeunesse.

La Rédaction

En France, les études de médecine passent par un concours très sélectif qui voit 85% des candidats échouer.
Quel est le principe de sélection adopté en Belgique ?

Jérôme LECHIEN

En Belgique, les soins de santé sont une compétence fédérale.
Une limitation des numéros INAMI, numéros permettant le remboursement des soins prodigués au patient, est installée depuis 1997 au terme du cursus.
Face à ces quotas, les communautés, qui ont en charge l'enseignement supérieur, ont été invitées à instaurer un système de sélection dans l'enseignement supérieur, pour éviter qu'il y ait des surnuméraires au terme du cursus.
La Flandre a instauré un examen d'entrée, tandis que la communauté française a d'abord instauré une sélection au bout des trois premières années, ensuite une sélection au bout de la première année et enfin, maintenant, une sélection en janvier de la première année.
Le problème, c'est que, tant en Flandre qu'en communauté française, les systèmes de sélection ont laissé passer trop d'étudiants par rapport aux quotas INAMI disponibles au terme du cursus.

La Rédaction

Combien de places sont proposées chaque année et combien de candidats se présentent ?

Jérôme LECHIEN

1 230 places sont disponibles chaque année pour environ 1 400 candidats pour la Belgique.
Le problème est que ce nombre est en constante augmentation chaque année.
A l'heure actuelle, tous les étudiants on pu recevoir un numéro INAMI car celui-ci a été pioché dans les quotas des années ultérieures.
Maintenant, la situation est beaucoup plus compliquée car il ne reste plus rien des années ultérieures ou en tout cas trop peu de numéros INAMI pour tous les étudiants.

La Rédaction

Quelle est la forme adoptée pour les évaluations (majoritairement de type QCM pour le concours PACES en France) ?

Jérôme LECHIEN

Cela dépend de la faculté de médecine, et cela dépend également de l'année d'étude : dans les premières années où il y a beaucoup d'étudiants, il y a énormément d'examens écrits avec, soit des questions ouvertes soit des QCM, soit des vrais ou faux.
Dans les toutes dernières années où les compétences cliniques sont évaluées après les stages, c'est essentiellement un examen oral.
Rien n'est standardisé entre les facultés de médecine, tant sur le plan des évaluations tout au long des études de médecine, que sur le plan du concours d'accès à la spécialité.

La Rédaction

Les études de médecines sont-elles onéreuses en Belgique ?

Jérôme LECHIEN

Comme partout ! Le prix des syllabus peut monter jusqu'à 250 € par an, le matériel médical est très cher, le minerval d'inscription est fixé à 830 €, et c'est sans compter le logement et la nourriture.

La Rédaction

Pouvez-vous nous décrire le format des enseignements (proportion cours théorique, cours pratiques ...) ?

Jérôme LECHIEN

Encore une fois, rien n'est standardisé entre les facultés.
D'une façon générale, les trois premières années correspondent aux enseignements théoriques de base.
Cela implique les cours de physiologie, d'anatomie, de sciences fondamentales, de biochimie, de sémiologie, et d'histologie.
En 3ième année, il y a déjà des cours de spécialités telles que la cardiologie, la pneumologie, et certains cours d'éthique et d'épidémiologie.
Ensuite, en ce qui concerne les trois dernières années, elle sont caractérisées par l'enseignement des cours de spécialité, et d'une pratique de stage intensive.
Cela se fait d'une façon progressive, par exemple, la dernière année est constituée de 12 mois de stage.
Au terme des six années de médecine, dans la plupart des facultés, il y a un travail de fin d'études à réaliser.

La Rédaction

Quelle est la durée des études pour un généraliste en Belgique? Et pour un chirurgien orthopédique par exemple ?

Jérôme LECHIEN

Six années de médecine + 3 années de spécialité au contact du patient, mais toujours sous tutelle d'un spécialiste.
Pour les autres spécialités, cela varie entre quatre et six ans. La plupart se trouvant à cinq ans.

La Rédaction

Tous les étudiants sont-ils certains de pouvoir exercer en Belgique une fois leur diplôme obtenu ?
Que peut-on faire avec un diplôme Belge sans numéro IMAMI ? Chercher un job hors de Belgique ?

Jérôme LECHIEN

Non ! Beaucoup d'étudiants actuellement n'ont pas de garantie quant à l'obtention d'un numéro INAMI.
Sans numéro INAMI, ils pourront faire de la recherche médicale, des assistances opératoires ou de l'enseignement.
Sans un numéro INAMI, ils reçoivent un numéro INAMI appelé « 000 » qui ne permet que de prescrire des médicaments.
Il ne permet pas en revanche d'effectuer des prescriptions d'examens complémentaires.
Ils peuvent aussi partir à l'étranger avec leur diplôme de médecin, mais le départ à l'étranger dans l'optique de trouver une place de formation en spécialité est extrêmement compliqué vu les systèmes de sélection qui caractérisent les pays de l'union européenne.

La Rédaction

Y a-t-il une équivalence des diplômes entre la France et la Belgique ?

Jérôme LECHIEN

Oui. Beaucoup de médecins généralistes, qui ont terminé leur spécialité en Belgique, partent en France, compte tenu des offres alléchantes que la France propose aux Belges pour les régions souffrant de pénurie de médecins.
Par exemple, on peut vous offrir une maison en province avec piscine, véhicule de déplacement, etc. pour venir exercer dans une région carencée.
Des spécialistes partent également pour des questions d'attractivité.

La Rédaction

Est-ce que, comme pour les études de Kinésithérapeuthe ou de Vétérinaire, des étudiants Français suivent les cursus Belges pour devenir médecin ?
Quelle est l'ampleur du phénomène ?
Y a-t-il des quotas pour les étudiants qui ne sont pas Belges ?

Jérôme LECHIEN

Oui, il y a des quotas non-résidents à l'entrée, qui ont été instaurés il y a deux ans seulement.
Autrement dit, chaque année, seuls 30 % de Français et autres non-résidents peuvent s'inscrire dans nos facultés. Le chiffre de 30 % est calculé par rapport aux inscriptions de l'année précédente.

La Rédaction

Un dernier mot à nos lecteurs ?

Jérôme LECHIEN

A l'instar d'un petit village gaulois à l'époque de Jules César, les belges ont encore cette particularité de résister aux différents systèmes de sélection.
C'est notamment avec cette énergie, cette dynamique de résistance, que nous sommes en train de nous battre pour obtenir une augmentation des quotas INAMI.
C'est notamment grâce à cette énergie, que nous avons réussi à faire sauter deux systèmes de sélection en fédération Wallonie Bruxelles.
En effet, comme en France, il y a une pénurie médicale en Belgique qui crée des files d'attente impactant négativement sur les coûts en soins de santé, et qui touche directement le citoyen.
Nous, futurs médecins, ou médecins en formation (internes), sommes prêts à nous battre pour un système de soins de santé de qualité et accessible à tous !



Le Conseil de la Jeunesse en quelques mots

Le Conseil de la Jeunesse en quelques mots

C’est l’organe officiel d’avis et porte-parole des jeunes francophones de Belgique. Son rôle est de faire participer les jeunes (16-30 ans) au processus démocratique, notamment en récoltant leur parole sur une série de thématiques qui touchent directement ou indirectement la jeunesse pour ensuite la relayer auprès du monde politique. Le Conseil de la Jeunesse défend l’intérêt des jeunes et les représenteau niveau national et international.

L’outil principal du Conseil de la Jeunesse pour faire entendre la voix des jeunes, est l’émission d’avis officiels. Il s’assure ensuite que ces propositions soient suivies de mesures concrètes pour améliorer la vie des jeunes. Certes, le CJ n’a pas un pouvoir décisionnel, mais il exerce un véritable rôle de lobby, de pression auprès des décideurs de notre pays.

Le Conseil de la Jeunesse, c’est un peu le poil-à-gratter jeune auprès des parlementaires et ministres. Le Conseil de la Jeunesse a déjà obtenu plusieurs « victoires politiques » pour garantir l’émancipation des jeunes dans notre société : l’abandon de mesures sécuritaires ciblées sur les jeunes (mosquito, couvre-feu, bootcamp, etc.) ; la représentation de jeunes lors de sommets internationaux (ONU, COP, UE…) ; la limitation de mesures discriminatoires pour les jeunes en matière d’emploi et de chômage ; l’introduction de cours de vie affective et sexuelle à l’école ; l’intégration de programme d’éducation aux médias sur les antennes de la RTBF ; etc. etc. etc.

Le Conseil de la Jeunesse existe donc à la fois pour écouter les préoccupations des jeunes et les faire participer à la vie citoyenne, mais aussi pour construire une parole collective afin de porter la voix des jeunes.



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