Nouveaux métiers du secteur des technologies de la santé

Remise du rapport de Manuel TUNON DE LARA

Publié le 26 février 2010
Nouveaux métiers du secteur des technologies de la santé

Valérie Pécresse, Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, a reçu aujourd'hui le rapport du professeur Manuel Tunon de Lara, Président de l'université de Bordeaux 2, suite à la mission sur les nouveaux métiers du secteur des technologies de la santé qu'elle lui avait confiée en juin 2009.

La ministre a souligné le remarquable travail mené par Manuel Tunon de Lara, fondé sur une large consultation des acteurs de la communauté université, des industries du médicament et des biotechnologies, et des professionnels de santé non seulement en France, mais aussi à travers toute l'Europe et aux Etats-Unis, par l'intermédiaire des ambassades qui ont également été sollicitées. Elle a indiqué que ce rapport constitue à ce jour la plus large prospectivesur les formations capables de répondre aux futurs métiers des industries de santé.

Valérie Pécresse a souligné que les conclusions de cette mission ont permis de mettre en avant un constat clair : pour garantir la compétitivité, mais surtout l'attractivité de notre pays pour les innovations, les stratégies industrielles et les nouveaux métiers dans des domaines tels que la nanomédecine, la nanotoxicologie, la bioinformatique, la neuro-ingéniérie par exemple, il faut innover en matière de formation, mais travailler davantage encore sur les collaborations entre recherche universitaire et la recherche privée. Le défi est donc double : il s'agit de décloisonner les cursus et professionnaliser les enseignements par le développement de l'apprentissage notamment, mais aussi de rassembler industriels et universités autour de plateformes partagées de recherche et de formations en sciences du vivant et de la santé.

Au regard de ce constat, Valérie Pécresse a retenu en particulier deux séries de propositions très innovantes permettant de développer les collaborations entre recherche publique et recherche privée.

Tout d'abord, Valérie Pécresse a demandé aux universités de faire des propositions de cursus innovants, sur le modèle de ce qui a été mis en placeà Grenoble ou Bordeaux. A Grenoble, l'école de biotechnologies, au sein de l'Université Joseph Fourrier, a signé des accords de partenariats avec les PME locales permettant à ses étudiants de trouver facilement des stages correspondant à leurs attentes, et aux industriels de recruter de nouveaux talents répondant à leurs besoins. A Bordeaux, Manuel Tunon de Lara mettra en place à la rentrée, grâce là aussi à des accords avec des industriels, un cursus alterné en biosanté industrielle, de niveau M mais avec une insertion professionnelle à Bac+3, qui permettra l'acquisition de compétences industrielles pendant plusieurs années, puis le retour à l'université pour l'obtention d'un master permettant ainsi une évolution de carrière dans l'entreprise. Ce cursus pourrait s'appuyer sur le futur L1 santé et contribuer ainsi à la diversité des orientations. La ministre a indiqué que la mise en place de ces cursus serait évaluée par l'AERES, dans le cadre plus général de l'évaluation des universités.

Ensuite, la ministre a annoncé la création d'un centre de ressources virtuel des métiers des industries de santé permettant d'établir une carte nationale des formations. Il s'agit, avec l'aide des Entreprises du Médicament (LEEM), de réaliser une cartographie des formations existantes à l'échelle nationale, pour mieux les développer et les adapter aux métiers des industries de la santé et aux besoins pointus et croissants de certains domaines spécifiques d'activité. A cette fin, Valérie Pécresse a demandé à la Direction Générale de l'Enseignement Supérieur et de l'Insertion Professionnelle d'organiser la mise en place de ce centre de ressources virtuel dans les 6 mois. Sous forme de portail internet, ce centre de ressources sera destiné autant aux étudiants qu'aux industriels, et s'appuiera d'une part sur le travail de l'ONISEP et son GeoPortail des formations et d'autre part sur l'Observatoire des métiers de la santé mis en place par le LEEM. A terme, l'objectif sera de disposer d'un outil de cartographie de ce type dans tous les secteurs industriels, au-delà des secteurs spécialisés dans les métiers de la santé.

Valérie Pécresse a indiqué qu'un point d'étape sur ces engagements serait effectué avec la communauté universitaire et les industriels d'ici la fin de l'année 2010.

Détails des recommandations du rapport de Manuel Tunon de Lara

Recommandation 1 : Développer et promouvoir l'excellence dans les sciences de la vie et de la santé.

Si la plupart des observateurs s'accordent à reconnaitre la qualité de la formation française en sciences de la vie et de la santé, beaucoup insistent sur le nécessaire soutien et sur le développement de l'enseignement de certaines disciplines fondamentales comme la biologie moléculaire, la biochimie ou la pharmacologie sur lesquelles reposeront les stratégies industrielles. Cette recommandation, appuyée par beaucoup d'universitaires est indissociable d'une stratégie visant à faire des sciences du vivant une priorité nationale en termes de recherche et de formation, comme cela est le cas dans différents pays technologiquement avancés.

  • Action 1 : Renforcer et améliorer l'enseignement des disciplines fondamentales sur lesquelles vont reposer les innovations et les stratégies industrielles (eg, biologie moléculaire, génétique, pharmacologie, chimie, biologie cellulaire, physiologie...).
  • Action 2 : Adosser tous les niveaux de formation à la recherche, au sein des laboratoires et des plateformes, en favorisant les périodes de stage pratique.
  • Action 3 : Adapter les cursus de biologie et de santé à la médecine de demain (médecine personnalisée, pharmacogénétique, médecine régénératrice,...) et/ou développer de nouveaux cursus pour répondre aux nouveaux besoins
  • Action 4 : Promouvoir la biologie et les biotechnologies dans l'enseignement secondaire pour attirer les meilleurs élèves.
  • Action 5 : Diffuser les connaissances et les découvertes du domaine sciences de la vie et de la santé dans le grand public, faciliter l'accès à la culture scientifique dans le domaine des biosciences en s'appuyant sur des structures comme les centres de culture scientifique technique et industrielle.



Recommandation 2 :
Décloisonner les cursus de formations, exploiter les interfaces et favoriser les multicompétences.
Beaucoup d'industriels insistent sur la nécessité d'exploiter les interfaces et de multiplier les compétences. Cela peut avoir des conséquences stratégiques au plan universitaire en favorisant l'émergence de formations multidisciplinaires au carrefour de certains domaines de la médecine, de la biologie et de l'ingénierie. Bien souvent, il s'agirait également de pouvoir adjoindre à une formation technico-biologique, un enseignement ouvert sur le monde de l'entreprise, l'économie et la gestion, les aspects règlementaires. D'une manière plus générale, il est certain que nous devons décloisonner les formations, quel que soit le niveau d'étude, et que les jeunes diplômés affichant différents types de compétences seront très recherchés sur le marché du travail.

  • Action 6 : Développer des formations spécifiques exploitant les interfaces générées par les avancées technologiques et scientifiques :

• S'appuyer sur les vecteurs d'innovation exprimés par les industriels et favoriser ainsi l'émergence de formations multidisciplinaires au carrefour de certains domaines : Nanomédecine, Nanotoxicologie, Bioinformatique, Biomimétique, Neuro-ingéniérie, Biorobotique, Nanotechnologie et galénique (B. Lindet)...
• Harmoniser cette nouvelle offre de formation au niveau du territoire pour éviter les redondances, faciliter les complémentarités et rester adapté aux possibilités d'insertion professionnelle.

  • Action 7 : Décloisonner les formations et favoriser les approches multidisciplinaires

• Inclure dans la formation initiale en biosanté, des modules d'enseignement sur les aspects économiques, éthiques, et règlementaires de la recherche publique et privée.
• Favoriser l'apprentissage sur le modèle d'équipes projet, pluridisciplinaires et multi-niveaux (L, M, D).
• Promouvoir les doubles cursus, comme médecine et sciences (MD-PhD), business et biologie, sciences humaines et biologie, en optimisant les durées d'étude et inciter à la réalisation de parcours mixtes (recherche publique, recherche privée, carrières hospitalières et universitaires).

  • Action 8 : Favoriser l'internationalisation des cursus en biosanté, y associer systématiquement l'acquisition de compétences en langue anglaise, et s'appuyer sur les stratégies de coopération transfrontalière.

  • Action 9 : Enrichir la formation initiale en favorisant la professionnalisation des enseignements, et notamment l'acquisition de connaissances et compétences « entreprise » dans les cursus (gestion de projets, démarche qualité, aspects budgets/coûts/délais, anglais, environnement réglementaire,...) et l'adaptation des modalités pédagogiques afin de permettre une meilleure insertion professionnelle et une meilleure adaptation à la culture d'entreprise.

  • Action 10 : Identifier les besoins indispensables aux industriels de santé en termes de compétences médicales (i.e., métier de médecin) et adapter un cursus médical spécifique de haut niveau permettant d'y répondre, en s'appuyant sur les travaux du Leem.

  • Action 11 : Identifier les besoins indispensables aux industriels de santé en termes de compétences pharmaceutiques (i.e., métier de pharmacien) et adapter un cursus pharmaceutique spécifique de haut niveau permettant d'y répondre, en s'appuyant sur les travaux du groupe « Universités - Industrie » associant le LEEM et la Conférence des Doyens de Pharmacie.

  • Action 12 : Développer des formations de niveau M ou D, alternatives aux cursus médicaux et pharmaceutiques, donnant les différentes compétences attendues par les industries de santé et parfois actuellement assurées par des médecins ou des pharmaciens.
  • Action 13 : Faciliter les connexions entre les écoles doctorales du domaine biologie et santé et les industriels.

Recommandation 3 : S'appuyer sur quelques plateformes de recherche et formation en sciences du vivant et de la santé
La nécessité d'acquérir de multiples compétences dans ces domaines, le besoin pour ces formations de grands équipements et d'infrastructures souvent mutualisées ainsi que l'intérêt d'une proximité géographique avec le tissu industriel conduisent à porter notre effort sur quelques plateformes de formation, bien identifiées sur le territoire, auxquelles pourront s'adresser les industriels. Cela suppose d'associer à ces grands pôles de biosanté les structures de plus petite taille à travers une forme de réseau. Surtout, cette stratégie implique, comme cela est actuellement fait dans le domaine de la recherche avec l'Alliance pour les Sciences de la Vie et de la Santé, une lecture nationale de la carte des formations facilitant les complémentarités et évitant les redondances.

  • Action 14 : Identifier sur le territoire quelques (3 à 5) plateformes réunissant autour d'une université à vocation biologie santé :

• Un spectre suffisamment large de compétences pour assurer des formations réellement multidisciplinaires.
• Des laboratoires de recherche de haut niveau dans le domaine des sciences de la vie et de la santé et dans les disciplines susceptibles de contribuer aux grandes avancées techniques et scientifiques (chimie, physique, optique, informatique,...).
• Des infrastructures et des équipements lourds mutualisés pour permettre la formation d'étudiants de différents niveaux d'étude aux technologies les plus avancées .
• Un tissu industriel suffisant de grandes entreprises et/ou de PME dans le domaine du médicament, des biotechnologies et du matériel et dispositifs médicaux, idéalement connecté à un pôle de compétitivité.

  • Action 15 : Conventionner ces plateformes avec les groupements nationaux d'industriels du domaine (FEFIS, LEEM, SNITEM,...) pour fixer des objectifs communs de formation. Envisager une forme de labellisation qualité.

  • Action 16 : Faciliter les connexions entre ces plateformes et des structures de plus petite taille dans une optique de réseau et de complémentarité des formations ; s'appuyer sur des stratégies de e-learning.

Recommandation 4 : Organiser et partager l'offre et la demande des formations au sein d'un institut virtuel des métiers de la santé.
En complément de cette forme d'organisation, nous devons porter notre effort sur la lisibilité des formations et demander aux industriels de mieux exprimer leurs besoins. Au-delà d'un travail d'identification qu'il faudrait mener à court terme, différentes solutions techniques sont envisageables pour atteindre cet objectif (institut virtuel, portail internet, banque d'offre et de demande). Les difficultés que l'on peut pressentir sont l'hétérogénéité et le nombre des formations (en particulier dans le domaine des biotechnologies), la pérennité des mises à jour, la volonté des industriels d'exprimer certains besoins parfois concurrentiels.

  • Action 17 : Créer un centre de ressources virtuel des métiers des industries de santé permettant d'établir une carte nationale des formations s'appuyant sur les grandes plateformes de bio-santé et leurs réseaux, actualisée en ligne, ainsi que la tenue d'un observatoire des métiers de la santé en s'appuyant sur la structure mise en place par le LEEM et en généralisant la démarche à tous les secteurs (FEFIS).

  • Action 18 : Y associer une cellule de réflexion sur la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences en s'appuyant sur l'exemple de la démarche initiée par le groupe Futuris.

  • Action 19 : Intégrer dans cette démarche les besoins de formation continue et de formation tout au long de la vie et adapter leurs modalités aux professionnels.

Recommandation 5 : Créer de nouveaux dispositifs de rapprochement universités - entreprises au service de la formation initiale et tout au long de la vie.
Ces différentes orientations nécessitent d'opérer, en parallèle, un réel rapprochement universités-entreprises. Différents dispositifs existent déjà et ces relations évoluent dans le bon sens. Néanmoins, il me paraît souhaitable d'impliquer plus directement nos partenaires industriels peut-être à travers des conventions spécifiques sur le modèle de celles déjà signées entre le LEEM et les universités. Parallèlement aux engagements qui peuvent être pris en termes de formation, certains dispositifs innovants permettraient d'enrichir ce rapprochement.

  • Action 20 : Expérimenter un cursus alterné en biosanté industrielle, de niveau M, pour un nombre défini de candidats, prévoyant une insertion professionnelle à Bac+3, l'acquisition de compétences industrielles pendant plusieurs années, puis le retour à l'université pour l'obtention d'un master permettant ainsi une évolution de carrière dans l'entreprise. Ce cursus s'adresserait à de très bons étudiants et pourrait s'appuyer sur le futur L1 santé et contribuer ainsi à la diversité des orientations.

  • Action 21 : Mieux associer les professionnels aux formations universitaires axées vers les métiers des industries de santé en les impliquant dès la conception des formations, en facilitant l'intégration de cadres de l'industrie dans les équipes pédagogiques, en permettant ainsi aux professionnels de contribuer à l'évaluation des formations en tant qu'experts de l'AERES et en valorisant cette participation dans leur carrière.

  • Action 22 : Inclure les aspects professionnels dans les démarches d'auto-évaluation des universités et des écoles afin de définir des critères d'évaluation en collaboration avec l'AERES.

  • Action 23 : Proposer au niveau national, un appel à projet pédagogique dans le domaine de la biosanté, associant universitaires et industriels, pouvant s'appuyer sur une plateforme de recherche et de formation.




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