Des étudiants européens invités à parler de la culture en Europe au sein du Ministère de la Culture et de la Communication.


Des étudiants européens des programmes de mobilité se sont entretenus avec Christopher Miles lors d'une rencontre sur le thème de l'Europe de la jeunesse et de la culture au Ministère de la Culture.
Des étudiants européens invités à parler de la culture en Europe au sein du Ministère de la Culture et de la Communication.

Mercredi 24 avril Christopher Miles, secrétaire général adjoint du ministère de la Culture et de la Communication a accueilli une centaine d'étudiants européens au sein du Ministère de la Culture et de l'Education. Cette rencontre a été organisée originairement par Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication, qui n'a malheureusement pas pu y assister et l'animer. C'est donc Christpher Miles qui l'a remplacée. Sur fond général de crise économique qui s'est matérialisée, pendant cette rencontre, par une manifestation du conservatoire d'Aubervilliers dans la cour du ministère, il s'est entretenu avec des jeunes issus de différentes formations de plusieurs pays d'Europe sur la place de la culture dans le continent. Selon lui, la culture est au coeur du renouvellement du projet européen aujourd'hui à bout de souffle. Il a également mis en avant la jeunesse qui participe et qui devra continuer de participer à cette construction d'une Europe de la culture, à travers des projets d'échanges universitaires, de créations artistiques, de valorisation du patrimoine, etc. Il a rappelé l'excellence culturelle européenne, en soulevant également la question de son financement, à renouveler sans cesse en suivant les nouvelles formes que prend la culture (notamment avec la révolution du numérique). Enfin, Christopher Miles a terminé son discours introductif en citant Jean Cocteau, un Européen convaincu: "L'Europe est plus que jamais notre patrie." Les étudiants ont pu ensuite lui poser quelques questions.


Existe-t-il des projets culturels franco-allemands ?

Oui, il existe de nombreux programmes culturels franco-allemands, ainsi que des jumelages organisés par les collectivités territoriales, dans lesquels il s'agit de faire des visites culturelles croisées.

Existe-t-il un projet de création d'une chaîne de télévision ou d'une radio européenne ?

Il existe déjà une chaîne de télévision franco-allemande [Arte, ndlr]. Que serait une radio européenne ? Il n'y a pas, à vrai dire, de tel projet. D'autant plus qu'aujourd'hui les chaînes internationales - comme la BBC, ou al jazeera - sont accessibles via la télévision et internet. C'est d'ailleurs une bénédiction que permet le numérique.

La France a lancé une politique de décentralisation culturelle - avec notamment l'ouverture du Louvre de Lens : y a-t-il un volet européen de cette politique ?

En France, les projets d'aménagement du territoire sont décentralisés. Les fonds structurels européens servent à réhabiliter le patrimoine et les équipements. Dans la construction d'infrastructures européennes, il ne faut pas se lancer dans la construction d'éléphants blancs mais partir des besoins des populations et de leurs vrais besoins culturels pour mettre en place des équipements qui leur conviennent et qui sont adaptés.

Existe-t-il des initiatives de la République française concernant l'utilisation des nouvelles technologies numériques pour améliorer l'appellation des aides et des étudiants, avec les événements de la culture des autres pays européens, dans l'espace mondial ?

Les initiatives existent au sein des établissements publics du ministère de la culture qui ont mis en place des sites plurilingues, puisque notre nouvelle norme c'est que les sites des établissements culturels français doivent être en 3 langues a minima. Ça garantit évidemment le français, également l'anglais, après viennent l'espagnol, l'allemand pour avoir accès effectivement aux richesses culturelles des établissements. Ensuite, il faut que vous sachiez que la France est à l'origine d'un projet qui s'appelle Gallica : c'est un projet de numérisation des ressources culturelles de la Bibliothèque Nationale de France. Gallica s'inscrit dans un autre projet européen, Européana, qui met à disposition toutes les richesses culturelles de tous les pays européens. On y trouve des milliers de documents : des livres, des estampes, bientôt des disques, peut-être un jour des films, qui sont à disposition sur un portable. Cette initiative existe. Elle est partie d'un grand projet français puisqu'à l'origine Jacques Attali, qui était conseiller du Président Mitterrand au moment de la construction de la Bibliothèque Nationale de France, avait prévu et prédit que cette bibliothèque serait avant tout une bibliothèque numérique. Résultat : on a construit un grand machin en béton qui nous a coûté très cher mais en même temps la bibliothèque de l'époque a lancé un programme de numérisation qui aboutit maintenant à des résultats importants puisque Gallica, c'est près de 80 000 livres numérisés et tout un tas de documents qui sont librement accessibles aux chercheurs et aux étudiants.

Concernant le budget d'ERASMUS, on a vu l'année dernière une certaine menace comme quoi il allait être revu à la baisse. Pour 2014, vous savez si le budget va être revu à la baisse, ou s'il va y avoir des changements ?

Je suis désolé de ne pas pouvoir vous répondre sur cette affaire, parce que c'est du ressort de la communauté européenne. C'est plutôt à Bruxelles qu'il faudrait poser la question. Ce que je peux vous dire c'est que la France soutient le développement du budget pour ERASMUS dans un contexte budgétaire européen qui n'est pas simple, comme vous le savez. Il y a un certain nombre de gens qui pensent que le budget doit être maintenu - mais maintenu veut dire qu'on peut réduire certaines dépenses pour en augmenter d'autres - et bien évidemment la France pense que les dépenses qui sont dévolues à la culture, à l'éducation, aux industries culturelles et créatives, aux échanges et à la mobilité des jeunes ne devraient pas être réduites. Vous savez aussi qu'il y a certaines personnes qui voulaient changer le mot ERASMUS, ce que je trouve être une mauvaise idée puisque c'est une référence à Erasme, qui était un grand Européen et qui symbolise pour les jeunes la connaissance humaniste renouvelée au XXIème siècle.

Serait-il possible de créer une sorte d'Europass de la culture que les élèves pourraient valider et qui ferait partie de leurs acquis en cours de scolarité ? On aurait aussi une sorte de petit diplôme qui montrerait qu'on a participé aux échanges avec un autre pays au niveau de la culture plus particulièrement...

Je pense que c'est une excellente idée, qui est plutôt à soumettre à Vincent Peillon et son équipe, dans le domaine de l'éducation artistique et culturelle. Vous savez que le Président de la République actuel compte donner plus de place à l'éducation artistique et culturelle dans le cursus des jeunes Français. Ça va se traduire par ce qu'on va appeler un parcours artistique et culturel qui devrait normalement se dérouler en suivant les différents cycles de scolarité. C'est-à-dire que chaque jeune Français, chaque enfant Français devrait avoir accès à une activité culturelle, à une pratique culturelle, à une rencontre avec un artiste, à un enseignement culturel bien sûr, à chaque passage de sa scolarité : au moins une fois dans le primaire, au moins une fois au collège et au moins une fois au lycée. Dans ce cadre là, ce que le ministère de l'éducation nationale envisage de faire c'est de mettre en place une sorte de porte-folio, de passeport, et justement ce que vous proposez pourrait s'intégrer dans ce passeport. Il pourrait y avoir dans ce passeport culturel un aspect sur les échanges culturels européens.

Quelque chose m'a interpelé dans votre discours au début : vous parlez des géants du numérique et du fait qu'ils n'étaient pas forcément européens. Sont-ils vraiment un frein à la culture, aux arts en général ? Si oui, qu'est-ce qui doit être modifié u adapté ?

C'est assez complexe, c'est même très complexe. Actuellement on a mis en place en France une commission Lescure qui réfléchit à ces questions. L'avantage des géants mondiaux du numérique - qu'il s'agisse de Facebook, Google ou autre - c'est qu'ils permettent un accès assez immédiat à une communication avec les autres ou un certain nombre de contenus culturels. Le problème c'est que ces contenus culturels sont en quelque sorte leur tête de gondole. La valeur qui est représentée par ces contenus culturels est captée par eux et ne valent plus chez les créateurs. C'est-à-dire que ceux-ci, la plupart du temps, ont tendance à récupérer les ressources culturelles sans forcément se préoccuper du créateur. La valeur est captée en amont par les gens qui vendent des matériels, par ceux qui vendent de l'accès à Internet. En aval, les créateurs - ceux qui ont créé des disques, des films, des livres (qui sont numérisés) - ont beaucoup de mal à se faire rémunérer pour leur travail. La question c'est : comment récupérer une partie de cette valeur et la redistribuer au créateur ? Parce que sinon, ce qui va se passer c'est que les créateurs les plus marginaux vont avoir de plus en plus de mal à vivre et qu'on va se retrouver avec une culture qui va être très « mainstream » et qui va permettre seulement de payer les gens qui ont les moyens d'être vus sur Youtube, etc. La culture européenne risque alors d'être ceci et plus grand-chose d'autre. Ce problème est important, il va falloir se pencher dessus et c'est un problème dont les Européens mais aussi les Américains se rendent compte puisque ces grandes multinationales ne payent pas beaucoup d'impôts en Europe et aux Etats-Unis et elles ont trouvé des systèmes pour échapper aux impôts en localisant leurs filiales là où il y a le moins d'impôts. Par exemple en Europe beaucoup se sont implantées au Luxembourg. Donc il se pose une question de récupération dans le pays où s'opère l'activité, où se capte la valeur, comme par exemple la France comment peut-on récupérer l'argent pour payer les créateurs qui mettent leur contenu en accès ? Il y en a qui souhaitent le mettre en accès libre, d'autres qui n'en ont pas envie, et c'est ceux-là qu'il faut pouvoir continuer à rémunérer. Cela paraît normal que chacun vive de son travail. J'ai essayé d'être simple, mais ça ne l'est pas du tout !

D'après vous, par quels moyens la culture peut permettre le développement de l'Europe, et pousser le développement en général ? Qu'est-ce que la culture peut faire pour améliorer l'image de l'Europe ?

Je crois que la culture peut le permettre parce que c'est le moyen d'abord d'une Europe pacifiée, dans ce qu'on appelle la diversité culturelle et le dialogue interculturel. Les pays de l'Europe sont des pays de vieille culture qui ont un patrimoine important, développé des connaissances importantes... Encore aujourd'hui nous sommes l'un des principaux continents en termes de recherche et d'innovation, qui sont construites sur des populations - des jeunes, comme vous - qui font des études - auxquelles il va falloir d'ailleurs trouver un emploi... Des jeunes qui doivent se comprendre et se respecter dans leur culture commune qui est la culture européenne, et dans la diversité de leur culture. A la suite de ça il faut savoir que la culture c'est aussi de la valeur et de la richesse. C'est ce qu'on appelle les industries culturelles et créatives. En Europe il existe la stratégie 20-20, Europe 2020, qui a été adoptée il y a quelques années à Lisbonne, qui dit que l'un des moteurs de la croissance sera aussi les industries culturelles et créatives, qui sont aussi bien le spectacle vivant que l'industrie discographique, l'audiovisuel, le cinéma... Par exemple dans un pays comme la France, ce qui est produit en termes de culture est aussi important que ce qui est produit en termes d'agriculture. On a souvent tendance à l'oublier, à la négliger, la culture est aussi un facteur de croissance et de compétitivité générale de notre pays, et aussi d'attractivité pour les entreprises qui ont tendance à s'implanter dans les « îles créatives » qui sont capables de proposer des réseaux d'infrastructures qui mettent en commun des créateurs (artistiques et scientifiques) pour développer de nouveaux projets. C'est bien pour ça que je pense que la culture est un moteur de croissance et un moteur de compréhension mutuelle pour éviter à l'Europe de fléchir à nouveau comme elle est en train de le faire actuellement, sans oublier qu'il y a 60 ans nous étions en guerre et que l'année prochaine nous allons fêter le centenaire de la guerre de 1914 qui a montré à quel point un continent qui était en apparence très civilisé pouvait se déchirer en une guerre meurtrière.

Ne pensez-vous pas que ce serait le rôle du Ministère de la Culture, en relation avec les gouvernements des autres pays, de créer des espaces de discussion et de débat, de collaborations artistiques et politiques au-delà des initiatives comme Gallica ? Notamment, les technologies du numérique ne pourraient-elles pas être un bon outil pour réfléchir et collaborer ? On a vu dans les pays du Sud toutes les discussions qu'il y avait sur le système actuel et des remises en cause profondes qui ont été exprimées malgré une médiocrité ambiante des débats médiatiques - en tout cas tels qu'ils nous sont parvenus. Ces débats auraient pu être relayés par le pays à un moment. Par exemple, à Séville, il y a une profusion, une grande richesse de revendications qui n'a pas pu être relayée comme qu'elle aurait pu l'être.

Je pense que vous faites référence au mouvement des Indignados. Pour répondre à votre question, je ne suis pas sûr que ce soit à un ministère ou un Etat de se faire le relais officiel d'un tel mouvement qui traverse la société civile. Mais je pense que les outils actuels (Facebook, Twitter, les blogs...) sont au contraire des contre-pouvoirs efficaces et puissants. Peut-être qu'on peut aider ou soutenir certains mouvements en relation avec la démocratie. D'ailleurs en Allemagne il y a un certain nombre de fondations importantes qui le font. Ce sont des fondations privées. Je ne crois pas vraiment, personnellement, à un appui gouvernemental à des sites de débat politique. Politique et art sont toujours liés. Même si la politique n'est pas un art, l'art est toujours politique. L'idée d'un espace de discussion et artistique global est séduisante sur le papier mais j'ai du mal à voir quelle pourrait être sa concrétisation sur la toile. Un espace artistique global, compte tenu de la diversité des formes artistiques, du fait que la création a l'air de solitaire, je crois qu'on peut faire confiance à des collectifs pour s'organiser, à des possibilités peut-être de structurer des portails. Mais au-delà, la diversité de la toile repose vraiment, je crois, sur la liberté d'organisation.

Concrètement, il y a un festival qui permet à 150 artistes de venir s'exprimer ainsi, et qui est organisé par le Parlement Européen. Est-ce que vous ne pensez pas qu'il faut développer ça de manière plus globale ?

Je suis bien évidemment favorable au développement de festivals Européens.

La France est encore vue comme un pays d'élite : y a-t-il un moyen, en France et à l'échelle de l'Europe, pour faire que la culture atteigne les classes inférieures ?

J'ai déjà évoqué cela à travers le projet du gouvernement actuel de développer un programme national d'éducation artistique et culturelle pour assurer que chaque enfant accède au moins une fois pour chaque cycle scolaire. Il faut savoir qu'actuellement le programme ne concerne qu'à peu près 20% des enfants de 6 à 18 ans, de la maternelle à la terminale scolarisés en France. Le souhait du gouvernement actuel c'est d'arriver à un objectif dont on n'a pas fixé le terme : que tout le monde ait accès à une activité artistique et culturelle en passant par l'école et pas seulement 20% des élèves. Peut-être, pendant ce mandat, on passerait de 20% à 50% des élèves.

Vous disiez que les industries culturelles étaient un levier de développement et de croissance. Comment pensez-vous qu'aujourd'hui la culture peut être un levier d'emplois pour nous les jeunes qui allons bientôt arriver sur le marché du travail ? Est-ce que la culture peut être créatrice d'emplois ? Et concrètement, comment ?

D'abord, quand on pense culture, on pense toujours culture subventionnée. Il faut savoir que ce n'est pas toujours le cas. Il y a le design, la mode, qui sont des filières très importantes dans notre pays, le jeu vidéo qui représente en France 7,5 milliards de chiffre d'affaire dont 75% sont exportés... Ca nécessite de prendre des mesures. D'abord assurer la formation des jeunes, car ce sont des métiers souvent techniques qui passent par des filières d'enseignement professionnel. Dans le monde de la mode et du design c'est assez fréquent. La mairie de Paris vient de rénover par exemple l'école du Louvre, et c'est très important. A la suite de la formation, mettre en place des dispositifs pour garantir que les très petites entreprises françaises, qui commencent et sont créées par de jeunes créateurs ne soient pas assommés de formalités administratives, d'impôts. Et progressivement elles peuvent devenir des moyennes entreprises, des PME, peut-être un jour des entreprises de taille intermédiaire, ce qu'on appelle des ETI, puis peut-être de très grandes entreprises pour faire qu'il puisse exister un Marc Zuckerberg français par exemple, parce que Facebook est aussi une entreprise culturelle. A l'issue de ça, ça veut dire qu'on travaille au Ministère de la Culture avec d'autres ministères. Par exemple avec Fleur Pellerin sur la question du numérique et du jeu vidéo, ainsi que sur la question de l'entreprenariat culturel pour favoriser l'aide quelqu'un qui souhaite créer une entreprise culturelle à trouver facilement des financements. Il y a des problèmes de trésorerie dans ces entreprises. Quand on dit aux banques « je vais monter une charcuterie », à la limite elles prennent beaucoup plus facilement que quelqu'un qui dit « je vais monter une petite entreprise culturelle qui veut développer un site internet innovant ou qui va développer du design innovant ». Ça veut dire qu'il faut trouver des solutions pour que ces gens trouvent de l'argent pour se développer. Et enfin, on travaille aussi sur la valorisation d'emplois culturels non délocalisables qui peuvent être liés par exemple au tourisme et au patrimoine pour mieux valoriser notre atout culturel qu'est la culture. Quand on regarde la ville de Nantes, qui n'était pas sur la carte européenne ou mondiale du tourisme, elle a su depuis 10 ans, grâce à une stratégie culturelle constante, en misant sur le développement d'événements culturels comme Estuaire, basé autour de l'art contemporain, ou encore « Voyage à Nantes » qui allie tourisme et culture, rentrer sur la carte culturelle européenne et internationale. Pour une ville comme Lille également, qui était en difficulté à la fin des années 1980 et au début des années 90, sa participation comme capitale culturelle européenne lui a permis de redévelopper en partie son économie.

Vers quels acteurs sont tournées les aides au financement ? Quelles sont les premières personnes à en bénéficier ?

C'est une vaste question parce que cela dépend des arts. Il y a des arts qui ont, du fait de leur structure économique même, vocation à être subventionnés. Pour le théâtre et la musique il existe une loi économique qui fait que c'est très difficile pour ces arts de vivre autrement que par un dispositif de subventions. Pour m'expliquer différemment, compte tenu de l'importance du facteur humain dans ces productions et du fait qu'il faut rémunérer des personnes qui participent à un orchestre ou travaillent dans un théâtre, on a le choix entre subventionner ces structures et mettre des prix très élevés. Autrement dit, si vous allez aux Etats-Unis actuellement, vous allez payer votre ticket très cher alors qu'en France si vous allez au théâtre, vous paierez votre billet pas cher, ou moyennement cher, parce que nous avons des subventions publiques importantes. Cela veut dire que malheureusement une grande partie de l'argent de l'Etat et des collectivités qui financent près de 2/3 des budgets culturels - je crois que c'est un peu plus encore en Allemagne - va à ces institutions culturelles qui ont vocation intrinsèque et substantielle à être subventionnées. La spécificité de la France, c'est qu'elle pense que le créateur, solitaire ou non, peut avoir vocation à recevoir une aide de l'Etat. Si c'est un musicien, un ensemble musical, un groupe de rock, une compagnie de théâtre...des dispositifs existent dans toutes les régions : des aides au projet, pour aider à financer un projet spécifique (un spectacle, une production musicale...) ou alors des dispositifs de conventionnement qui permettent à une compagnie de recevoir pour une durée assurée de 3 ans une aide pour développer une série de projets sur une durée plus ou moins limitée. Le problème, c'est que les générations se succèdent et que l'argent n'étant pas toujours renouvelé, on a de plus en plus de mal au Ministère de la Culture actuellement à aider les compagnies plus jeunes parce que les créateurs d'il y a 10-15 sont toujours là. Or l'argent n'a pas augmenté et c'est très difficile de le renouveler, de le faire tourner parce que des gens estiment qu'ils en ont le droit à vie, ce qui peut se justifier par la qualité de leurs productions. C'est l'une des plus grandes difficultés politiques qu'on peut avoir.

Quelle politique peut-on envisager pour lutter contre le téléchargement illégal ? Le gouvernement précédent avait opté pour le système HADOPI mais ce n'est pas forcément efficace... Apple et Amazon, des géants du numérique, ont mis en place un système où les acheteurs n'ont pas la pleine propriété des œuvres téléchargées, ou ne peuvent l'utiliser qu'un certain nombre de fois.

Je ne vais pas vous dévoiler tout ce que la commission Lescure est en train de fabriquer. Néanmoins, les solutions proposées vont dans le sens de ce que vous indiquez. Plutôt que de taper très fort sur les internautes, il faut proposer une offre légale plus variée, plus accessible, de manière à ce que ce soit aussi intéressant de télécharger du point de vue de la qualité des œuvres et de l'usage qu'on peut en faire. Il faut aussi mieux lutter à la source contre les pirates. Actuellement, quand vous voulez télécharger un film, il suffit de taper le titre du film sur Google et apparaît une série de sites et il n'y a aucune possibilité de distinguer les sites légaux des sites illégaux. D'autant plus que certains ont l'air d'être légaux alors qu'ils ne le sont pas. Vous connaissez l'affaire Megaupload. Le gouvernement, je crois, va aussi s'orienter dans des dispositifs pour la lutte contre la contrefaçon et la piraterie de manière à ce que les internautes puissent facilement trier les bons sites et les mauvais sites.

Ne faut-il pas harmoniser les différents enseignements dans les écoles d'architecture en Europe pour avoir les mêmes crédits distribués dans les différentes écoles ? C'est assez difficile d'obtenir tous les crédits nécessaires quand on veut aller dans l'école d'un autre pays : dans certaines il y a des mémoires, d'autres non, et par conséquent on ne peut pas tous les avoir ou alors on doit prendre des cours en plus.

En effet, l'enseignement en architecture a la particularité en France d'être un peu plus long que les autres cursus européens. En France il doit se faire en 4-5 ans alors qu'il se fait en 3-4 ans dans les autres pays. L'harmonisation est difficile, les systèmes d'équivalence sont encore incomplets. Pour vous donner de l'espoir, le système de l'enseignement français s'est mis sur le standard Licence-Master-Doctorat depuis environ 5 ans et l'enseignement de l'architecture rentre de plus en plus dans ce standard de l'enseignement supérieur et de l'université, ce qui devrait faciliter l'harmonisation entre les écoles.

Vous avez dit que le jeu vidéo était une grande ressource de richesse. Par contre, en France il est très difficile d'intégrer des écoles de jeu vidéo : souvent les prix d'entrée sont exorbitants. Y aurait-il un projet de l'Etat pour faciliter les entrées dans ces écoles ?

Malheureusement, les écoles auxquelles vous faites allusion sont des écoles privées que l'Etat n'a pas vocation à aider. En revanche, il existe un certain nombre d'écoles qui développent l'accès aux technologies de l'image - comme l'école Estienne, etc. Ce sont des écoles publiques qui normalement offrent des tarifs plus accessibles, sauf que la sélection y est très importante.

Pour vraiment comprendre les cultures étrangères, la langue est vraiment très importante. De manière générale les Français sont assez peu ouverts sur les langues, ou ils aimeraient bien les apprendre mais il y a des barrières qui rendent cela difficile pour eux. Est-ce que c'est une problématique qui vous touche aussi ? Comment pensez-vous pouvoir l'aborder et la résoudre pour garantir l'accès à la culture dans un cadre européen ?

Pour comprendre toute culture, la langue est importante. C'est un sujet auquel je suis personnellement très sensible. J'ai mis du temps à apprendre l'anglais alors que mon père le parlait couramment quand j'étais plus jeune. Ensuite j'ai eu envie de partir. Malheureusement je n'ai pas pu faire un ERASMUS comme vous, mais je suis parti 3 ans en Espagne. C'est très important de connaître une autre culture et une autre langue. J'ai constaté que plus on apprenait de langues, mieux on se comprenait les uns avec les autres mais surtout mieux on se comprenait soi-même. On a accès à une manière différente de penser à travers une autre langue, et c'est aussi une manière différente de se percevoir. Les Français ont eu la chance - ou le malheur - d'avoir eu une langue impériale qui a été la langue de la diplomatie, de la littérature et de la connaissance notamment au XVIIIème siècle. Ils ont eu une certaine arrogance vis-à-vis des autres langues et des autres cultures et c'est peut-être une chose sur laquelle ils sont en train de revenir. Ça peut se faire je crois en développant les enseignements internationaux dans les lycées, ce qui coûte de l'argent mais en rapporte à terme. Je pense que l'enseignement des langues, au niveau basique, s'est beaucoup développé ces dernières années dans notre pays. Ça peut aussi se faire en développant des outils quotidiens d'apprentissage des langues. Il semble plus facile aujourd'hui d'aborder une langue étrangère grâce au développement de la télévision par câble et TNT, qui donne accès au sous-titrage d'émissions. Ça permet de voir un film en version originale sous-titrée, ce qui n'était pas possible auparavant. Dans d'autres pays, le film passe directement en langue étrangère sous-titrée - c'est le cas fréquemment sur les chaînes allemandes. Ça pourra peut-être se développer en France. Je crois aussi beaucoup à la vertu des programmes d'échanges que vous êtes en train de vivre, et dès le primaire ou le collège avec des jumelages qui peuvent faire prendre plus d'essor, avec des programmes comme Leonardo au lycée ou ERASMUS à l'université.

Quel est votre avis sur la participation du privé dans la culture ? Quelle part peut-on lui accorder sans tomber à l'inverse dans la privatisation de la culture ?

Ça fait 10 ans que la France a ouvert très largement la possibilité de développer le mécénat, qui a pris une part assez importante dans le développement des projets culturels et même dans certains cas d'investissements culturels ou de bâtiments culturels importants. Il y a eu un tabou sur cette question pendant des années en France. Il n'existe plus. Il faut savoir que le mécénat représente le tiers des sommes collectées, que ces sommes ont été multipliées par 10 en 10 ans. Ce sont des sommes importantes que beaucoup d'institutions culturelles ont besoin du mécénat pour développer de nouveaux projets, ce qui ne veut pas dire que l'Etat ne doit pas rester à la base du financement de ces institutions (qui ne peuvent se passer du financement de l'Etat) pour développer un projet culturel autonome et indépendant. Sinon, ce serait la liberté de création qui serait remise en cause. On voit parfois les difficultés qu'ont les créateurs anglo-saxons ou américains à développer une pensée libre s'ils ne dépendent que des crédits d'un mécène. On souhaite que le mécénat reste un complément appréciable, qui peut aider au développement de projets culturels et à un accès du public à la culture, et que l'Etat puisse continuer d'apporter une part substantielle au financement, permettant de garantir de manière consensuelle la liberté des créateurs.

En savoir plus Publié le 01 mai 2013

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