« Ville & Numérique » ou Comment les étudiants perçoivent la place du numérique dans leur vie et dans leur ville

Réalisée par la Chaire Immobilier et Développement Durable de l’ESSEC, sous la direction du Professeur Ingrid Nappi-Choulet, cette nouvelle enquête révèle la manière dont 1000 étudiants français perçoivent la place du numérique dans leur vie et dans leur ville. L’enquête a été menée en ligne par Harris Interactive du 9 au 22 juillet 2015.

Publié le 10 septembre 2015

Trois enseignements majeurs ressortent de cette enquête :

- le rapport ambivalent que les étudiants entretiennent avec le numérique.

- le regain d'attractivité à la fois des villes moyennes et des centres-villes.

- l'attractivité persistante de la France, alors même que la jeune génération est plutôt considérée comme avide d'expériences internationales.

Une réserve surprenante à l'égard du numérique

Le premier enseignement, paradoxal, réside dans le rapport ambivalent que les étudiants entretiennent avec le numérique, dont l'omniprésence est largement ressentie mais plus ou moins bien acceptée. Cette réserve à l'égard du numérique, inattendue de la part d'une génération Y volontiers décrite comme hyperconnectée, est à même d'interpeler aussi bien les grands opérateurs de télécommunication que les adeptes de la smart city, pour lesquels la ville de demain ne saurait être que celle du quotidien à distance et de la fameuse big data.

Les étudiants sont lucides sur le fait que le numérique occupe une place essentielle dans leur vie et dans leur ville, place vouée à s'accroître inéluctablement et ce, dans tous les secteurs du quotidien :

- 61 % pensent que, demain, le numérique impactera fortement le travail,

- 50 % les façons de se déplacer

- et 48 % les modes de consommation

Toutefois, nombre de leurs réponses révèlent une certaine prise de recul par rapport à l'invasion numérique :

- les étudiants sont réticents à 58 % à l'usage de la géolocalisation pour se voir proposer des offres commerciales. Ce chiffre grimpe à 78 % s'agissant d'utiliser le contenu des conversations mails pour se voir proposer des offres en rapport avec leurs centres d'intérêts.

- alors que l'on estime généralement que l'un et l'autre vont exploser dans les années à venir, ni le télétravail ni l'e-consommation ne remportent les suffrages de la génération Y : seuls 11 % estiment qu'ils travailleront principalement à distance, et 22 % souhaitent faire leurs achats par Internet dans un avenir proche.

- une écrasante majorité (77 %) d'entre eux considère que le numérique est trop présent dans le quotidien des personnes de leur génération. Ils sont en revanche minoritaires (47 %) à estimer qu'il est trop présent dans leur propre vie. Les étudiants se révèlent ainsi convaincus que le numérique a envahi la vie des jeunes Français, mais qu'eux-mêmes sont parvenus à en faire un usage raisonné et à maintenir une distance salutaire avec cet avatar équivoque de la modernité.

Ce rapport contrasté au numérique prend appui sur au moins deux fondements. Le premier est le sentiment de passivité voire d'impuissance face à une omniprésence numérique qui s'impose à chacun d'une façon jugée envahissante voire dangereuse, et qui peut se manifester aussi bien, par exemple, par l'obligation sociale ressentie de posséder un smartphone que par la difficulté de se désinscrire d'un réseau social sans y laisser de traces.

Le second fondement est la distinction opérée par une part croissante de la génération Y entre les domaines dans lesquels le numérique est utile, et ceux dans lesquels on s'en dispense volontiers. Il reste un puissant créateur de lien social, quitte à ce que ce lien soit purement virtuel dans un premier temps, et la génération Y en use massivement dans cette optique. En revanche, le numérique comme moyen de s'épargner des déplacements et de pouvoir tout faire de chez soi justement sans rencontrer personne, est loin de faire aussi consensus qu'on veut bien le dire. Des études soulignent ainsi par exemple que, s'il est omniprésent dans le débat public, l'e-commerce a conquis des parts de marché bien modestes, même plusieurs années après son éclosion.

S'il est indéniable que le numérique ouvre de nouvelles perspectives dans tous les domaines du quotidien, reste à savoir - et les résultats de cette enquête invitent peut-être les décideurs et les grands acteurs du numérique à s'interroger davantage là-dessus - dans lesquels de ces domaines et jusqu'à quel point les attentes sociétales sont importantes et s'inscrivent dans la durée.

L'attractivité des villes moyennes et l'enjeu de connexion

Deuxième enseignement majeur de l'enquête : la grande ville est loin de remporter tous les suffrages.
Elle a certes la préférence de 39 % des étudiants comme lieu de vie futur, mais elle est talonnée par les villes moyennes et petites qui sont privilégiées par 36 % d'entre eux. Un paradoxe notable, quand on sait que la jeune génération a plutôt la réputation d'être addict aux grandes métropoles, du fait de leur dynamisme, de la diversité de leurs aménités et de l'étendue de leurs marchés de l'emploi.

Ce retour en grâce de la ville moyenne voire petite ne va pas sans poser des questions en termes numériques : quelle connectivité de ces espaces urbains intermédiaires ? Le numérique est-il apte à compenser une offre de commerces et de services plus limitée ? L'éloignement des grands bassins d'emplois implique-t-il une croissance massive du télétravail ? Autant de conditions, semble-t-il, pour que ces espaces urbains intermédiaires offrent la qualité de vie qu'on leur prête. Ce résultat soulève de réelles interrogations en termes d'aménagement du territoire.

Cette attractivité des villes de taille moyenne va de pair avec un attrait massif pour les centres-villes, que ce soit comme lieu de travail (47 % souhaitent y travailler) ou comme lieu de consommation (53 % souhaitent y faire leurs achats). Bien loin d'un certain mode de vie dont le couple pavillon-centre commercial serait un symbole bien ancré, la vie idéale des étudiants consisterait ainsi à bénéficier des aménités d'un centre-ville, sans que cette ville soit nécessairement de très grande taille, les maux associés aux métropoles étant bien connus : cherté de la vie, manque d'espace et de nature, pollution, congestion, stress... Il n'y a donc pas nécessairement de contradiction entre leur attirance pour les villes moyennes et celle qu'ils manifestent envers les centres-villes.

Enfin, et en dépit de leur attrait limité pour la consommation par Internet, le nombre et la variété des commerces disponibles à proximité est essentielle pour eux. Lorsqu'on leur demande ce qu'ils attendent avant tout de leur ville, 50 % d'entre eux mentionnent les commerces.

Des commerces bien réels puisque, rappelons-le, seuls 22 % estiment qu'ils recourront de manière importante à l'e-commerce. Cités par 27 % d'entre eux, les espaces verts arrivent en deuxième position - un résultat à corréler à ceux de notre enquête 2014, sur la ville intelligente, selon laquelle 42 % des étudiants pourraient refuser un emploi dans une ville où la nature n'est pas assez présente. 26 % citent les transports, 11 % la culture et seulement 10 % le travail.

A l'heure des études et du travail nomades, la France reste attractive

Enfin, le troisième enseignement de l'enquête porte sur le pays où les étudiants aimeraient vivre. Alors que le débat public fait régulièrement état d'une « fuite des cerveaux », c'est-à-dire d'un phénomène de départ des jeunes diplômés à l'étranger, près de sept étudiants sur dix (69 %) affirment qu'ils préfèreraient vivre en France qu'à l'étranger.

Cette préférence est particulièrement marquée parmi les personnes qui vivent aujourd'hui avec leur conjoint (77 %), pour qui un départ se heurterait à davantage de contraintes. Cependant, cette préférence peut être contrariée par le contexte économique et administratif. On peut donc s'interroger sur la part des étudiants qui resteront effectivement en France.

Parmi les 31 % d'étudiants privilégiant de vivre à l'étranger, une nette majorité se tournerait soit vers un autre pays d'Europe (12 %), soit vers l'Amérique du Nord (11 %). Les autres continents ne sont que peu cités : 4 % en Asie, 2 % en Amérique latine, 1 % en Afrique et 1 % en Océanie. De façon transversale, notons que les profils étudiants en école de commerce (50 %), issus de catégories aisées (42 %) ou ayant déjà vécu à l'étranger (44 %) sont plus enclins que la moyenne à préférer un autre pays que la France.

A propos de l'ESSEC Business School
L'ESSEC, fondée en 1907, est un acteur majeur de l'enseignement de la gestion sur la scène mondiale. Avec 4 558 étudiants, une large gamme de programmes en management, des partenariats avec les plus grandes universités dans le monde, un réseau de 46 000 diplômés, un corps professoral composé de 151 professeurs permanents en France et à Singapour dont 18 professeurs émérites, reconnus pour la qualité et l'influence de leurs recherches, l'ESSEC perpétue une tradition d'excellence académique et cultive un esprit d'ouverture au service des activités économiques, sociales et de l'innovation. En 2005, l'ESSEC a ouvert un campus en Asie, l'ESSEC Asia-Pacific, stratégiquement situé à Singapour. Ce campus représente pour l'ESSEC l'opportunité de participer à la croissance de l'Asie et d'apporter son expertise dans cette région en pleine expansion. Pour toute information complémentaire : www.essec.fr ou essec.edu/asia

À propos de la Chaire Immobilier et Développement Durable de l'ESSEC
Créée en 2002, la Chaire Immobilier et Développement Durable de l'ESSEC a pour objectif de favoriser à la fois l'enseignement et la recherche en économie, finance et management de l'immobilier en intégrant les enjeux d'une démarche développement durable dans l'entreprise.
La chaire est soutenue activement par Poste Immo, Foncière des Régions et BNP Paribas Real Estate.
L'ESSEC est aujourd'hui la 1ère grande école de gestion en France et parmi les premières en Europe à développer un pôle de compétence en immobilier d'une telle ampleur. Une vingtaine d'étudiants du programme Grande Ecole de l'ESSEC participent chaque année pleinement à la vie de la chaire.



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