SOPHIE MERIEM ROCKWELL : "... et la chute"

Sortie le 03/03/09

Publié le 09 février 2009
SOPHIE MERIEM ROCKWELL : ... et la chute

«Minor art work » ou « Je suis trop peureuse je n'ai pas d'amis » sont les autres titres du dernier album de Sophie-Meriem Rockwell. Une chanteuse qui se tue à chanter du silence. Hein quoi ?? qui chante « ...et la chute » , c'est lourd un silence qui tombe.

« Et la chute »est la suite de Happy Fête (2001) mais pas une suite logique. Une épreuve d'artiste où la musique et les textes sont élaborés autour d'un même contenu : la fuite du temps. Le temps musical , un peu déréglé dans une construction personnelle avec son écriture particulière. Vous vous souvenez ? La fée du désordre, une sorte d'Alice prisonnière dans son labyrinthe infernal parfois cadencé, oppressant et léger mais toujours inspiré. Alors « et la chute » porte bien son titre, condamné au silence après l'avoir enterré et oublié il sort enfin . Reparler de lui, c'est reparler de la difficulté de créer, de se faire entendre, de lutter pour donner à la musique un contenu exigeant.

« ...et la chute » c'est un monde bouleversé et solitaire

Les étoiles tombantes :

Il se dégage une matière musicale compacte, rien ne dépasse dans la reprise du thème, serré jusqu'à l'étouffement des sons. Malgré les frottements harmoniques, c'est un 3 temps et pourtant l'arrangement est une tentative d'effacement du temps. Dans cette disparition il est impossible de se tenir debout, de danser. Le temps court, se perd.

Je pense à quoi

C'est l'histoire d'un je et d'un tu, une réflexion comme dans un miroir sur le mystère d'une rencontre. « Je pense à quoi tu penses et toi, tu penses à moi qui pense à rien, en réfléxion je pense parfois...» Le côté maladroit est accentué par l'interprétation tremblante des accords comme pour. se souvenir du premier morceau de piano joué. C'est un dialogue entre un toi et un moi, à travers un « harmonium » et un « fender rhodes ».

Va mourir

Blues de 11 mesures...C'est une plainte, la longue plainte du blues. C'est intime et solitaire, le « je » est assumé plutôt qu'un « tu » dur et distant. La douce sonorité du je se dissout dans une mélodie brute composée autour du standard couplet/refrain.

Tuttutpouetpouet

Ecrire une chanson sur les chansons, encore. Une chanson c'est une bêtise, absolument « minor art work ». C'est un titre facile à entendre et pourtant la song dérape avec son 5/4 qui tourne à l'envers.

Des questions ordinaires

Encore un je mais c'est le « je » de tout le monde avec nos questions de base ! « tu sais j'en suis pas fière à présent du passé, si je passe au travers et souvent à côté des questions ordinaires... » C'est une chanson où les pianos sont vraiment accessoires, une guitare aurait pu faire l'affaire ! Une folk song , variété « so britisch » avec des chœurs comme dans les slows. C'est une chanson à embrasser et à mordre !
L' écriture est fermée, il n'y pas de rebondissement, de happy end. Seulement le mot , le sens et les sous-entendus.

Et la chute...

Un son lo-fi assumé, une curiosité. Toujours cet effet de renversement dans l'écriture du texte, continuer l' exploration, travailler sur la fermeture du sens sans début de milieu et de fin. Autant la musique est souvent hors cadre, dans une apparente liberté car construite autour du fameux concept « par défaut », autant le texte (la berceuse d'une anxieuse, je pense à quoi) avance déterminé et se glisse dans une coquille de noix.

Mon amour j'étouffe

Une plainte encore, une plainte d'amour comme si le Vrai Sujet d'une chanson c'était ça : L'amour. Atmosphère tendue jusqu'au « à peine respirer ». Plaisir intense de prononcer des mots impossibles. Remplir ses joues d'une infinie tristesse et avec bonheur s'écouter pleurer.

...Et ce n'est pas

« C'est une chanson que je joue au piano et je joue bancal, le bancal est ma seule façon de jouer, c'est mon ignorance. » L'arrangement est très boîte à musique avec parfois des accélérations under control qui donnent l'impression de vertige. Plusieurs mélodies se superposent dans le style : Le voisin entend une petite musique et à travers la cloison il improvise quelque chose sur son piano désaccordé, et le son du piano se brouille avec la télé qui hurle sur le palier d'à côté... La musique n'est jamais sur un plan fixe. Il n'y a pas de spectre, ce ne sont que des fragments et des arrière plans . Il y a ce que l'on entend et ce que l'on croit entendre...et peut-être ce que l'on n'entends pas. C'est un esprit à saisir...

balalaïka

Se souvenir de "India song », se souvenir d'elle. (Marguerite D)

Le pont promenade

La musique est de Anton Dvorak, souvenir de sa période américaine « Humorest ».
Normalement la musique est légère, le rythme est balancé ici elle est ralentie à l'extrême comme pour retenir l'histoire d'un amour en fuite.Un couple au sommet puis au sommet de sa chute, terriblement cruel.

Propos recueillis par Arnaud Dessaulesq

Les Dépendants / ANTICRAFT


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